La raison qui empêche le DG de la Police, Paraison, un an après son installation, de reproduire les exploits connus à la tête de la DDO, BOID/USGPN, préoccupe
Port-au-Prince, 14 septembre 2026. — André Jonas Vladimir Paraison connaît les structures opérationnelles de la Police nationale d’Haïti (PNH) pour y avoir exercé plusieurs responsabilités importantes. Directeur départemental de l’Ouest (DDO), coordonnateur de l’Unité de sécurité générale du Palais national (USGPN) et responsable du BOID, il a également participé à la création et à la mise en place de cette brigade spécialisée destinée à renforcer les capacités d’intervention de la PNH.

La création du BOID s’inscrivait dans une volonté de disposer d’une unité capable d’intervenir rapidement dans les situations nécessitant des moyens et des compétences particulières. La brigade devait notamment pouvoir appuyer les unités territoriales, intervenir dans les zones difficiles et renforcer la réponse policière face aux situations de crise.
Paraison se trouvait alors au cœur de cette approche opérationnelle. Son parcours dans les structures spécialisées lui a permis de développer une expérience dans la préparation des unités, leur coordination et leur engagement sur le terrain.
Mais son arrivée à la direction générale de la PNH, le 8 août 2025, a profondément changé la nature de sa responsabilité. Il ne dirigeait plus une brigade ni une structure opérationnelle particulière. Il devenait responsable de l’ensemble de la police nationale, avec pour mission de coordonner la réponse sécuritaire à l’échelle du pays.
Depuis cette date, la situation sécuritaire demeure extrêmement préoccupante. Les groupes armés ont continué à étendre leur influence et à s’implanter dans de nouvelles zones. Leur présence ne se limite plus aux quartiers de Port-au-Prince et de ses environs. L’expansion vers des communes de l’Ouest, de l’Artibonite, du Centre et vers certaines zones rurales montre que le phénomène a pris une dimension territoriale.
Un rapport publié en septembre 2026 fait notamment état d’une progression des groupes armés vers les campagnes. Les gangs y développent de nouvelles activités, notamment les enlèvements, les vols de bétail et l’installation de barrages routiers. Cette évolution montre leur capacité à adapter leurs modes d’action et à étendre leur emprise au-delà de leurs bastions traditionnels.
Les routes nationales restent parmi les principales victimes de cette situation. Des axes stratégiques continuent d’être perturbés par les barrages et les postes de contrôle illégaux installés par les groupes armés. La circulation des personnes et des marchandises reste ainsi soumise à leur capacité à contrôler certains passages.
La PNH mène régulièrement des opérations pour tenter de reprendre certains axes. Mais le véritable problème demeure la capacité à maintenir durablement ces espaces sous contrôle de l’État. Lorsqu’une zone est reprise sans qu’un dispositif permanent permette de la sécuriser, les groupes armés peuvent progressivement y rétablir leur présence.
Cette réalité pose directement la question de l’efficacité de la stratégie nationale de sécurité. À la tête du BOID, Paraison pouvait concentrer ses efforts sur une unité spécialisée. À la tête de la PNH, il doit désormais faire fonctionner l’ensemble du dispositif policier et garantir que les opérations ponctuelles débouchent sur une présence durable de l’État.
Les événements de Kenscoff, à la fin du mois d’août 2026, illustrent cette difficulté. L’offensive menée dans cette zone a fait plusieurs dizaines de morts et entraîné d’importants déplacements de population. Des policiers du BOID et du SWAT figurent également parmi les agents tués lors des affrontements.
La progression des groupes armés s’accompagne également d’une crise humanitaire considérable. En août 2026, environ 1,5 million de personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays en raison de la violence. Des familles entières ont dû abandonner leurs maisons, leurs activités économiques et parfois leurs terres pour échapper aux affrontements et aux exactions.
Le problème dépasse donc désormais la seule capacité de la PNH à mener des opérations. Il concerne la capacité de l’État à reprendre, sécuriser et conserver les territoires. Une route temporairement libérée ne suffit pas. Un quartier évacué par un groupe armé ne constitue pas une victoire durable si la police et les autres services de l’État ne peuvent pas y maintenir leur présence.
C’est cette différence qui pèse aujourd’hui sur le bilan de Paraison. Celui qui avait participé à la création d’une unité destinée à renforcer la capacité d’intervention de la police se trouve désormais à la tête de toute l’institution, au moment où les groupes armés démontrent leur capacité à se renforcer et à étendre leur influence.
Son expérience opérationnelle n’est donc plus suffisante pour juger son action. À la direction générale, les résultats doivent être appréciés à partir de la réalité vécue par la population. La sécurité des routes, la protection des citoyens, la reprise effective des territoires, la diminution des attaques et la capacité à empêcher l’expansion des groupes armés constituent les véritables indicateurs.
Plus d’un an après son arrivée à la tête de la PNH, les gangs continuent pourtant de contrôler ou d’influencer de vastes portions du territoire national. Les barrages persistent, certaines routes demeurent vulnérables et des populations continuent de fuir leurs quartiers et leurs communes.
Paraison connaît la police et ses mécanismes opérationnels. Il a participé à la création d’une unité spécialisée et occupé plusieurs fonctions importantes dans la chaîne de commandement. Mais la direction générale de la PNH exige désormais autre chose. Elle exige des résultats à l’échelle nationale et surtout une capacité à inverser durablement le rapport de force avec les groupes armés.
Le bilan sécuritaire depuis son arrivée à la tête de la PNH reste ainsi marqué par une réalité difficile à ignorer. Les gangs continuent de gagner du terrain, de contrôler des axes de circulation et d’étendre leurs activités vers de nouvelles zones du pays. Pour celui qui avait fait de la capacité d’intervention policière l’un des marqueurs de son parcours, le défi est désormais de démontrer que cette expérience peut produire des résultats à l’échelle de toute la République.
Moïse François
Vant Bèf Info (VBI)
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