Massacre du Persil : 89 ans après, les tensions autour des Haïtiens persistent en République dominicaine
Quatre-vingt-neuf ans après le massacre de 1937, les tensions autour de la présence haïtienne restent vives en République dominicaine. Les arrestations et les déportations de migrants haïtiens se poursuivent, tandis que des organisations de défense des droits humains dénoncent certaines pratiques discriminatoires.

Port-au-Prince, 2 octobre 2026 —Le massacre du Persil, perpétré sous la dictature de Rafael Leónidas Trujillo, demeure l’un des épisodes les plus sanglants de l’histoire des relations entre Haïti et la République dominicaine.
Le massacre de 1937
Le 2 octobre 1937 marque le début d’une campagne de violences contre les Haïtiens et les Dominicains d’origine haïtienne vivant principalement dans les zones frontalières du nord-ouest de la République dominicaine.
Les violences se sont poursuivies pendant plusieurs jours. Des hommes, des femmes et des enfants ont été tués à l’arme blanche ou par balle. D’autres sont morts en tentant de traverser la rivière Dajabón pour rejoindre Haïti.
Le nombre exact de victimes reste sujet à débat. Les estimations historiques vont de plusieurs milliers à environ 30 000 morts selon les sources.
L’épisode est connu sous le nom de « massacre du Persil ». Selon des récits historiques, des soldats auraient utilisé la prononciation du mot espagnol perejil, qui signifie persil, pour identifier certaines personnes soupçonnées d’être haïtiennes.
La rivière Dajabón a depuis été appelée « rivière Massacre » en référence à ces événements.
La question de la nationalité
Les tensions autour de la présence haïtienne ont persisté après le massacre.
Un tournant majeur est intervenu en 2013 avec l’arrêt TC 168-13 du Tribunal constitutionnel dominicain. La décision a appliqué rétroactivement une interprétation des règles relatives à la nationalité.
Selon Human Rights Watch, cette décision a privé de leur nationalité dominicaine des dizaines de milliers de personnes, principalement d’origine haïtienne.
Des Dominicains d’origine haïtienne ont ensuite rencontré des difficultés pour obtenir des documents d’identité et accéder à certains services. Des organisations de défense des droits humains ont dénoncé les conséquences de cette situation.
Arrestations et déportations
Les opérations visant les migrants haïtiens se sont intensifiées au cours des dernières années.
Les autorités dominicaines présentent ces opérations comme des mesures de contrôle de l’immigration irrégulière et de protection du territoire.
Des organisations de défense des droits humains dénoncent cependant des arrestations et des expulsions qu’elles considèrent comme arbitraires ou discriminatoires. Human Rights Watch a notamment documenté des cas impliquant des Dominicains d’origine haïtienne.
Cette question reste particulièrement sensible dans les relations entre les deux pays.
Des opérations toujours menées en 2026
Les autorités dominicaines poursuivent leurs opérations migratoires en 2026.
Le 11 septembre, la Direction générale de la migration dominicaine a annoncé la déportation de 485 Haïtiens par le poste frontalier d’Elías Piña. Ces personnes avaient été arrêtées et traitées par les autorités migratoires.
Des opérations ont également été menées dans plusieurs provinces frontalières, dont Dajabón, Independencia, Pedernales et Elías Piña.
Les autorités dominicaines affirment cibler les personnes qui ne peuvent pas démontrer leur statut migratoire régulier. Les opérations mobilisent notamment des agents de migration, des militaires et des policiers.
Une mémoire qui reste vive
Le massacre de 1937 et les politiques migratoires actuelles relèvent de contextes historiques et juridiques différents.
En 1937, le régime de Rafael Trujillo a mené une campagne de tueries massives contre des populations haïtiennes et d’origine haïtienne.
Aujourd’hui, le gouvernement dominicain justifie principalement les opérations contre les migrants haïtiens par le contrôle de l’immigration irrégulière.
Les discriminations documentées contre certaines personnes d’origine haïtienne et l’ampleur des déportations alimentent toutefois les débats sur l’antihaitianisme en République dominicaine.
Quatre-vingt-neuf ans après le massacre du Persil, cette mémoire reste donc étroitement liée aux relations entre les deux pays partageant l’île d’Haïti.
Christina Juliana Vilmé
Vant Bèf Info (VBI)
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