Kenscoff : pourquoi la police laisse-t-elle les gangs garder l’initiative ?

Trois semaines après le massacre qui a fait au moins 47 morts à Kenscoff, les groupes armés ont de nouveau frappé. Dans la nuit du dimanche 13 au lundi 14 septembre 2026, ils ont attaqué la localité de Viard 2.

Crédit : AFP/Clarens Siffroy

Selon le maire Massillon Jean, la police est parvenue à repousser les assaillants. Des morts et des blessés ont été signalés, mais aucun bilan chiffré n’était encore confirmé au moment de la rédaction. Une certitude demeure cependant : malgré les renforts annoncés après le carnage du 23 août, les gangs conservent leur capacité de mobilisation et d’offensive.

La police a contenu l’attaque. Mais repousser ponctuellement des assaillants ne signifie pas reprendre le contrôle du territoire. Pourquoi aucune opération d’envergure, capable de démanteler leurs bases et de couper leurs couloirs de circulation, n’a-t-elle été engagée ou rendue perceptible depuis le massacre ?

Une posture trop défensive

À Kenscoff, les groupes criminels choisissent le moment, le terrain et les cibles. Ils observent, planifient, attaquent, puis se replient. Les forces de l’ordre, elles, interviennent généralement lorsque les tirs ont déjà commencé et que la population cherche un refuge.

Cette posture essentiellement défensive laisse constamment l’initiative aux assaillants. La PNH peut invoquer, à juste titre, la nécessité de protéger ses renseignements et ses plans. Mais le secret opérationnel ne peut servir d’explication permanente à l’absence de résultats visibles.

Après le massacre du 23 août, le directeur général de la PNH, André Jonas Vladimir Paraison, avait promis une réponse. Une enquête sur d’éventuels actes de négligence ou de complicité avait également été annoncée. Trois semaines plus tard, aucune conclusion n’est connue et les gangs frappent à nouveau.

Les gangs imposent aussi leur narratif

La bataille ne se déroule pas uniquement sur le terrain. Elle est également psychologique et communicationnelle. Par leurs attaques répétées, leurs vidéos et leurs menaces, les gangs construisent l’image de groupes mobiles, offensifs et capables de frapper sans redouter une riposte durable. Face à eux, l’État paraît attendre l’assaut, publier un communiqué, déployer quelques renforts, puis laisser retomber l’urgence.

Ce déséquilibre du récit produit des effets concrets. Il affaiblit la confiance de la population, démoralise les policiers engagés, encourage la fuite des habitants et renforce le sentiment d’impunité des criminels.

Même sur le plan psychologique, la PNH aurait déjà dû reprendre l’initiative. Non par des démonstrations spectaculaires ou des messages triomphalistes, mais par des résultats vérifiables : zones récupérées, axes sécurisés, otages libérés, armes saisies et responsables arrêtés.

L’autorité de l’État ne se proclame pas. Elle se démontre.

Une responsabilité de commandement

La passivité apparente de la police peut s’expliquer par des faiblesses bien connues : renseignement insuffisant, commandement hésitant, coordination déficiente, ressources dispersées et incapacité à conserver les territoires repris.

Le courage individuel des policiers n’est pas en cause. Plusieurs agents ont déjà été tués ou blessés sur ce front. La responsabilité incombe d’abord au haut commandement et aux autorités politiques, qui doivent fixer une stratégie, coordonner les moyens et exiger des résultats. Le sort des personnes enlevées en août complique aussi toute intervention. Des chefs de gang ont menacé d’exécuter leurs otages en cas d’offensive policière. Mais l’État ne peut accepter que des criminels déterminent les conditions de son action. Céder durablement à ce chantage reviendrait à leur accorder une forme d’immunité territoriale.

La PNH doit donc expliquer, sans révéler ses plans, ce qui a réellement été accompli depuis le massacre. Quels territoires ont été repris ? Quels axes sont sécurisés ? Pourquoi les groupes armés peuvent-ils encore mobiliser leurs hommes à Viard 2 ?

La population ne réclame ni spectacle ni propagande. Elle attend une présence permanente, des opérations coordonnées et la récupération effective des zones occupées. En laissant aux gangs l’initiative militaire et la domination du récit, l’État perd deux batailles à la fois : celle du territoire et celle de la confiance. À Kenscoff, une riposte ponctuelle ne suffit plus. Il faut désormais une stratégie capable de restaurer l’autorité publique et de convaincre les criminels que chaque attaque aura un coût.

Wandy CHARLES

Vant Bef Info (VBI


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