13 décembre 2026 : Haïti aura-t-elle vraiment élections et référendum ?

Par Aristilde Deslande

Le 13 décembre 2026 est présenté comme le grand rendez-vous politique haïtien : premier tour de la présidentielle, des législatives et ratification populaire des changements proposés à la Constitution. Le second tour est prévu le 21 février 2027. Sur le calendrier, tout semble donc parfaitement organisé. Il reste simplement à faire fonctionner un petit détail : le pays.

Le 13 décembre est une date, pas encore une élection

Port-au-Prince, 1er octobre 2026. — Le CEP reconnaît lui-même que le respect du calendrier dépend d’un climat sécuritaire acceptable et des ressources financières nécessaires. La date est donc officielle, mais elle n’est pas magique. Elle ne sécurise ni les routes, ni les bureaux de vote, ni les électeurs. Un calendrier peut indiquer le chemin. Il ne peut malheureusement pas ouvrir les barricades.

Le problème sécuritaire n’est d’ailleurs pas une impression. Entre avril et juin 2026, les Nations unies ont recensé 1 408 personnes tuées et 656 blessées dans les violences. Dans un tel contexte, organiser un scrutin pose une question très simple : comment permettre à un citoyen de quitter son quartier, rejoindre son bureau de vote et rentrer chez lui sans transformer son devoir civique en parcours du combattant ?

Il faut ajouter près de 1,5 million de personnes déplacées par la violence. Environ 80 % vivent désormais hors de Port-au-Prince. Alors, où voteront-elles ? À leur ancienne adresse ? À leur nouvelle adresse ? Entre les deux ? La démocratie devra peut-être commencer par résoudre un problème que même Google Maps aurait du mal à régler.

Le pays peut-il réellement voter ?

Soyons honnêtes : le CEP travaille. Au 21 septembre, 1 285 centres d’inscription et de vote étaient opérationnels. Plus de 628 000 électeurs étaient inscrits. C’est une avancée réelle. Mais un centre peut être opérationnel sur le papier et difficilement accessible dans la réalité. Le 13 décembre, ce sont les routes et les citoyens qui devront passer le test.

La sécurité internationale ajoute une autre inconnue. Au 29 septembre, environ 1 500 des 5 500 membres prévus de la Gang Suppression Force étaient déployés. Il faudra pourtant sécuriser des centres, des déplacements, des candidats, des électeurs et le matériel électoral. Une élection nationale avec moins d’un tiers de l’effectif prévu : même les mathématiques commencent à poser des questions.

Et puis il y a les règles. Le cadre repose sur le Décret électoral du 2 juin 2026, modifié le 2 juillet. Pourtant, le 16 septembre, le CEP indiquait encore poursuivre des discussions avec les acteurs politiques et le gouvernement en vue d’une éventuelle modification du décret. Le délai d’inscription des candidatures a également été prolongé jusqu’au 9 octobre.

Le 28 septembre, le CEP rappelait encore que la campagne officielle n’avait pas commencé et que sa période devait être fixée par l’institution. Nous avons donc une date, des centres, des inscriptions, des candidatures en préparation… et des paramètres encore en mouvement. Le puzzle électoral existe. La question est de savoir si toutes les pièces seront dans la boîte le jour du jeu.

Et maintenant, qui garantit quoi ?

Le gouvernement et le CEP doivent donc répondre à des questions beaucoup moins poétiques que les communiqués officiels : combien de centres seront réellement accessibles ? Combien seront sécurisés ? Comment les déplacés voteront-ils ? Quel financement est effectivement disponible ? Et que fera-t-on des zones où l’État ne peut pas garantir l’accès ?

Une élection ne se résume pas à déposer une urne quelque part et à attendre que la démocratie fasse le reste. Il faut que le citoyen puisse arriver jusqu’à cette urne, choisir sans intimidation et voir son vote pris en compte. Le bulletin de vote est petit. Les conditions nécessaires pour le déposer correctement sont, elles, beaucoup plus grandes.

Le 13 décembre ne doit donc être ni rejeté comme une impossibilité déjà établie ni présenté comme une certitude simplement parce qu’il figure sur un calendrier. Les autorités doivent démontrer, chiffres à l’appui, que la sécurité, le financement, l’accessibilité des centres, la participation des déplacés et la stabilité des règles permettront effectivement le scrutin annoncé.

Car la vraie question n’est peut-être pas seulement : « Haïti aura-t-elle vraiment élections et référendum le 13 décembre ? » Elle est aussi : « Combien d’Haïtiens pourront réellement participer à ce triple rendez-vous démocratique, dans quelles conditions et avec quelles garanties ? » C’est là que le calendrier rencontre la réalité. Et, en Haïti, c’est souvent à cet endroit précis que commencent les véritables questions.

Le 13 décembre est une date. Le calendrier ne vote pas. Les communiqués ne votent pas. Les chiffres ne votent pas. Il faudra des citoyens. Et surtout, il faudra qu’ils puissent arriver jusqu’à l’urne.

Vant Bèf Info (VBI)


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