Élections en Haïti : le CAHDOA demande une révision du décret électoral
Le Collectif des Acteurs Haïtiens pour le Développement et l’Organisation Alternative (CAHDOA) se prononce en faveur de la tenue des prochaines élections en Haïti, tout en appelant à une révision de certaines dispositions du décret électoral publié le 2 juin 2026.

Port-au-Prince, 30 août 2026. Alors que le Conseil électoral provisoire (CEP) poursuit les préparatifs du scrutin, l’organisation estime que certaines dispositions du décret pourraient susciter des contestations et affecter la crédibilité du processus.
Dans une intervention consacrée au processus électoral, Raphaël André, conseiller politique du CAHDOA et prétendant candidat au Sénat dans le Sud-Est, appelle les autorités à éviter toute précipitation. Il plaide également pour un dialogue avec les acteurs politiques.
Le CAHDOA soutient les élections, mais réclame des garanties
Pour Raphaël André, Haïti ne peut rester dans une transition politique prolongée. La tenue des élections constitue, selon lui, une étape nécessaire pour permettre aux citoyens de choisir leurs représentants et contribuer au rétablissement de la légitimité des institutions.
Le responsable du CAHDOA reconnaît toutefois que la publication du décret électoral ne suffit pas à garantir la réussite du processus.
Il évoque une crise marquée par l’insécurité, les difficultés économiques et sociales ainsi que l’affaiblissement des institutions.
Dans ce contexte, le collectif estime que le processus électoral doit être inclusif, juridiquement cohérent et suffisamment sécurisé.
Le collectif conteste certaines dispositions du décret
Le CAHDOA affirme avoir attiré l’attention du CEP sur plusieurs dispositions du décret électoral qu’il considère comme problématiques.
Raphaël André cite notamment l’article 153, alinéa 26, relatif à l’obligation pour les candidats de présenter un certificat médical.
Selon lui, cette exigence devrait être réexaminée au regard des dispositions constitutionnelles relatives aux conditions d’éligibilité.
Le conseiller politique invoque le principe de la hiérarchie des normes. Il estime qu’un décret électoral ne peut imposer des conditions qu’il considère incompatibles avec la Constitution.
Cette question pourrait alimenter les discussions entre le CEP, le gouvernement et les acteurs politiques engagés dans le processus électoral.
Le référendum soulève des interrogations sur l’élection du Sénat
Le CAHDOA s’inquiète également des conséquences qu’un éventuel référendum pourrait avoir sur le calendrier électoral.
Raphaël André estime qu’il est nécessaire de clarifier les rapports entre les deux processus.
Il soulève notamment la question du Sénat. Si un référendum devait modifier l’architecture institutionnelle du pays et entraîner, par exemple, la suppression du Sénat, l’organisation d’une élection sénatoriale parallèle pourrait perdre sa pertinence, selon son analyse.
Pour le CAHDOA, cette question doit être clarifiée avant la poursuite du processus afin d’éviter qu’une réforme institutionnelle ultérieure ne remette en cause la légitimité des institutions élues.
Le retour à la normalité institutionnelle
Pour Raphaël André, l’objectif principal reste le rétablissement du fonctionnement normal des institutions.
Il souligne notamment l’absence prolongée d’élus à différents niveaux et estime que le renouvellement du personnel politique doit passer par les urnes.
Le responsable du CAHDOA refuse toutefois l’idée d’organiser des élections sans garanties minimales.
Selon lui, les candidats doivent pouvoir faire campagne et les électeurs doivent pouvoir voter sans subir de menaces, d’intimidations ou de violences.
La sécurité, un enjeu majeur du scrutin
La situation sécuritaire constitue l’un des principaux défis du processus électoral.
Le CAHDOA reconnaît que plusieurs régions d’Haïti sont fortement touchées par la violence des groupes armés. Raphaël André estime cependant que les niveaux d’insécurité ne sont pas identiques sur l’ensemble du territoire.
Il préconise la création de conditions permettant aux citoyens d’exercer leurs droits politiques dans des espaces suffisamment sécurisés.
Selon sa position, la responsabilité de la sécurité relève principalement du pouvoir exécutif, tandis que le CEP doit se concentrer sur l’organisation du scrutin.
Le collectif considère ainsi que la sécurité doit être une garantie essentielle du processus électoral, et non une question secondaire.
Le CAHDOA met aussi l’accent sur les causes de la violence
Au-delà de la sécurité du scrutin, Raphaël André appelle à s’attaquer aux causes profondes de la violence.
Il évoque notamment la présence de très jeunes adolescents au sein des groupes armés. Selon lui, la présence de jeunes de 15 ou 16 ans parmi les personnes armées révèle une crise sociale plus large.
Il cite la pauvreté, le chômage, la marginalisation, l’absence de perspectives et la faiblesse des institutions parmi les facteurs susceptibles d’alimenter cette situation.
Dans cette perspective, il estime qu’une stratégie nationale de sécurité devrait être accompagnée de politiques sociales destinées à offrir davantage d’alternatives aux jeunes.
Pour le CAHDOA, les élections ne suffiront pas
Le collectif estime que les élections ne permettront pas, à elles seules, de résoudre la crise haïtienne.
Selon Raphaël André, les futurs dirigeants devront également s’attaquer aux problèmes économiques et sociaux qui contribuent à l’instabilité du pays.
Il plaide notamment pour un modèle économique davantage axé sur la création d’emplois et le renforcement de la production nationale.
L’agriculture figure également parmi ses priorités. Il estime qu’Haïti doit accroître sa capacité de production afin de réduire sa dépendance aux importations.
La politique monétaire, l’investissement, la création d’emplois et la redistribution des richesses sont également présentés comme des chantiers prioritaires.
Le CAHDOA appelle au dialogue politique
Le CAHDOA souhaite éviter que les désaccords sur le décret électoral ne débouchent sur une nouvelle crise politique.
L’organisation appelle donc le gouvernement, le CEP, les partis politiques et les autres acteurs concernés à engager un dialogue sur les dispositions contestées.
Raphaël André affirme que l’objectif n’est pas de bloquer le processus électoral, mais de contribuer à son amélioration.
Le CAHDOA réclame ainsi des élections inclusives, crédibles et transparentes, avec des conditions permettant aux électeurs d’exprimer librement leur choix.
L’organisation insiste également sur le respect des résultats du scrutin.
Entre urgence électorale et garanties démocratiques
La position du CAHDOA repose sur deux exigences : mettre fin à la transition politique et garantir la crédibilité des prochaines élections.
Le collectif demande ainsi un cadre électoral qu’il juge juridiquement solide, des conditions minimales de sécurité et un dialogue entre les principaux acteurs du processus.
Alors que le CEP poursuit ses préparatifs, les prochaines étapes seront déterminantes. La réponse des autorités aux critiques formulées contre certaines dispositions du décret et leur capacité à maintenir le dialogue politique pourraient peser sur la suite du processus.
Pour le CAHDOA, l’enjeu ne consiste donc pas seulement à organiser un scrutin. Il s’agit également de créer les conditions permettant aux élections de produire une légitimité démocratique durable.
Jean Gilles Desinord
Vant Bèf Info (VBI)
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