Sécurité : le CSPN annonce une nouvelle offensive, entre promesses de reconquête et urgence sécuritaire

Le gouvernement haïtien veut donner un nouvel élan à sa stratégie de lutte contre les groupes armés. Réuni jeudi 17 septembre à Tabarre sous la présidence du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN) a annoncé une intensification des opérations destinées à reprendre le contrôle des territoires soumis à l’emprise des gangs.

Port-au-Prince, 18 septembre 2026

La réunion, tenue au siège de la Direction générale de la Police nationale d’Haïti (DGPNH), s’est déroulée en présence de membres du haut commandement de la PNH et d’autres autorités concernées. Selon le communiqué gouvernemental, les discussions ont porté sur les priorités sécuritaires de l’État et sur la nécessité de restaurer l’autorité publique et l’ordre sur l’ensemble du territoire.

Kenscoff et Gressier au cœur des opérations

Les autorités ont notamment fait le point sur les opérations conduites à Kenscoff et à Gressier. À Kenscoff, les forces de l’ordre ont lancé jeudi une importante opération, avec l’appui notamment de la Task Force, de moyens aériens et de drones, alors que la commune reste confrontée à une forte pression des groupes armés.

La situation demeure particulièrement préoccupante. Une analyse publiée début septembre faisait état d’une forte dégradation de la situation sécuritaire à Kenscoff, après les violences meurtrières et les enlèvements enregistrés fin août.

À Gressier également, la PNH poursuit ses opérations contre les groupes armés. Ces interventions interviennent dans une zone stratégique, sur l’axe sud de la région métropolitaine, où les violences ont provoqué des déplacements de population et fortement perturbé la circulation.

Une nouvelle promesse face à une crise persistante

En ordonnant au commandant en chef a.i. de la PNH de poursuivre et d’intensifier les opérations, Alix Didier Fils-Aimé affiche la volonté de faire de la reconquête territoriale une priorité de l’action gouvernementale.

Mais cette annonce intervient dans un contexte où les violences armées continuent de peser lourdement sur la population. Les groupes armés ont étendu leur influence à plusieurs zones urbaines et périphériques, tandis que les enlèvements, les déplacements forcés et les attaques contre les populations civiles restent des préoccupations majeures.

La question dépasse donc désormais la seule multiplication des opérations ponctuelles. Pour les autorités, l’enjeu sera de transformer les avancées annoncées sur certains fronts en contrôle durable du territoire, en garantissant la présence effective de l’État, la sécurité des populations et la libre circulation des personnes et des marchandises.

La sécurité, condition des prochaines élections

Le gouvernement lie directement cette bataille sécuritaire au processus électoral. Le Premier ministre considère en effet que le rétablissement de la sécurité et de l’autorité de l’État constitue une condition préalable à l’organisation des prochaines élections générales.

Cette position intervient alors que le processus électoral est déjà engagé : le Conseil électoral provisoire a ouvert le 13 septembre la période consacrée au dépôt des candidatures, avec une échéance fixée au 22 septembre.

Le véritable test pour le gouvernement sera donc moins l’annonce d’une « nouvelle phase » que sa capacité à obtenir des résultats durables sur le terrain. Dans un pays où des pans entiers du territoire demeurent fragilisés par la violence armée, la reconquête annoncée devra se mesurer à des indicateurs concrets : réduction des enlèvements, retour des populations déplacées, réouverture des axes routiers, protection des institutions et rétablissement effectif de l’autorité publique.

Jean Gilles Désinord
Vant Bèf Info (VBI)


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