Élections en Haïti : 4 millions d’inscrits, mais 6 millions d’électeurs potentiels… le CEP joue gros
Le chiffre interpelle. Le Conseil électoral provisoire (CEP) vise l’inscription de 4 millions d’électeurs, alors que le nombre d’Haïtiens en âge de voter est estimé à environ 6 millions.

Si ces 4 millions constituent la cible finale, près de 2 millions de citoyens pourraient donc rester en dehors du processus électoral.
Une question s’impose : le CEP peut-il parler d’élections inclusives avec un tel écart ?
Le droit de vote ne doit pas devenir un privilège
Depuis des années, les Haïtiens réclament des élections crédibles, transparentes et représentatives.
Mais l’enjeu ne se limite pas à fixer une date dans un calendrier électoral.
Il faut aussi permettre au plus grand nombre de citoyens de participer effectivement au processus.
Or, le contexte national complique considérablement cette ambition. L’insécurité, les déplacements de population et le contrôle de certaines zones par des groupes armés constituent autant d’obstacles à l’inscription des électeurs.
Dans ces conditions, le CEP doit faire davantage que publier des chiffres.Il doit démontrer que chaque citoyen a une réelle possibilité de participer.
Quatre millions : objectif intermédiaire ou plafond électoral ?
C’est précisément là que le CEP doit clarifier sa communication.
Si les 4 millions d’inscriptions représentent une première étape, l’institution doit l’expliquer sans ambiguïté. Elle doit également présenter les mécanismes prévus pour atteindre les électeurs qui n’auront pas encore pu s’inscrire.
En revanche, si ce chiffre constitue l’objectif définitif, le débat devient beaucoup plus sérieux.Car une élection qui exclurait potentiellement une partie considérable de la population poserait inévitablement la question de sa représentativité.
L’insécurité ne doit pas devenir une excuse à l’exclusion
Certes, le CEP travaille dans des conditions exceptionnelles.
Certaines zones du pays restent difficiles, voire impossibles, à desservir normalement. Des milliers de familles ont été déplacées. Des citoyens ont perdu leurs documents ou vivent loin de leur lieu d’origine.
Mais c’est justement dans une telle situation que l’institution électorale doit redoubler d’efforts.
Le défi est immense, mais le principe demeure simple : l’insécurité ne doit pas transformer une difficulté administrative en exclusion politique.
Le CEP doit donc réfléchir à des mécanismes permettant aux populations déplacées ou vivant dans les zones difficiles d’accès de participer au processus électoral.
La crédibilité du scrutin se joue avant le jour du vote
On parle souvent de sécurité des bureaux de vote, de dépouillement ou de publication des résultats.
Pourtant, la crédibilité d’une élection commence beaucoup plus tôt.Elle commence avec l’inscription des électeurs.
Elle se poursuit avec l’accès équitable à l’information.Elle repose ensuite sur la capacité de chaque citoyen inscrit à exercer effectivement son droit de vote.
Autrement dit, une élection crédible ne se construit pas uniquement le jour du scrutin. Elle se construit dès le premier contact entre le citoyen et l’administration électorale.
Le CEP doit rassurer
Le CEP dispose aujourd’hui d’une occasion importante pour dissiper les inquiétudes. Il doit publier des données claires sur le nombre d’électeurs potentiels, le nombre d’inscrits, les zones couvertes et celles qui restent difficiles d’accès.
Il doit surtout expliquer sa stratégie pour réduire l’écart entre les électeurs potentiels et les citoyens effectivement inscrits.
Parce qu’en matière électorale, la transparence des chiffres est aussi importante que les chiffres eux-mêmes.
La démocratie ne se compte pas seulement en millions
Haïti ne peut pas se permettre une élection qui donnerait le sentiment que certains citoyens sont attendus aux urnes tandis que d’autres sont condamnés à rester spectateurs.
Le véritable défi du CEP n’est donc pas seulement d’atteindre un quota.Il est de créer les conditions permettant au maximum de citoyens d’exercer leur droit.
Quatre millions d’inscrits peuvent constituer une étape importante. Mais si deux millions d’électeurs potentiels restent durablement en dehors du processus, la question de l’inclusion démocratique restera entière.
Le CEP doit donc répondre clairement à une question essentielle :Les 4 millions sont-ils un objectif intermédiaire… ou la limite que l’institution s’est fixée ?
La réponse permettra de mesurer, bien avant le jour du scrutin, l’ambition réelle du rendez-vous électoral.
Emmanuel Joseph
Vant Bèf Info
Discover more from Vant Bèf Info (VBI)
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
