Le projet de décret électoral exclut la Diaspora des principales fonctions politiques
Le projet de décret électoral en discussion au niveau des autorités politiques suscite de vives réactions au sein de la Diaspora haïtienne et de plusieurs acteurs de la société civile. Les nouvelles conditions d’éligibilité prévues pour les postes électifs, notamment la présidence et le Sénat, sont perçues comme des mesures qui excluent de fait les Haïtiens vivant à l’étranger.

Port-au-Prince, le 23 novembre 2025 — Selon le document préliminaire, les candidats à la présidence doivent être Haïtiens d’origine, ne pas détenir de double nationalité, résider en Haïti depuis au moins cinq ans, posséder un immeuble sur le territoire national et justifier de cinq années de paiement d’impôts. L’article 84 applique des critères similaires pour le Sénat, incluant une résidence obligatoire de trois ans dans le département concerné et l’absence de double nationalité.
Ces dispositions sont largement interprétées comme un verrou supplémentaire pour les membres de la Diaspora, pourtant acteurs économiques majeurs. Chaque année, les envois de fonds représentent plusieurs milliards de dollars et soutiennent une part importante des ménages, des investissements communautaires et du tissu socioéconomique du pays.
Pour de nombreux Haïtiens établis à l’étranger, cette situation est vécue comme une contradiction. « Depuis 25 ans, j’aide ma famille en Haïti. Mais parce que j’ai une double nationalité, on me dit que ma voix ne compte pas », déclare Majory Coriolan, infirmière établie à Montréal, jointe au téléphone par Vant Bèf Info. Elle affirme que ses contributions économiques ne trouvent aucun reflet dans ses droits politiques.
Même constat pour Jean-Pierre, entrepreneur à Miami, qui estime que les critères de résidence l’empêchent de s’investir politiquement dans son pays d’origine. « Je pourrais créer des emplois en Haïti, mais la loi me ferme la porte. Abandonner trois ans d’activités pour être éligible est irréaliste », explique-t-il.
Alors qu’Haïti traverse une crise institutionnelle et connaît une migration massive de compétences, plusieurs observateurs appellent à une réflexion sur le rôle de la Diaspora dans le processus de refondation nationale. Le débat sur la double nationalité et sur les critères d’éligibilité demeure au centre des préoccupations, dans un contexte où les autorités cherchent à réorganiser le système électoral.
Judelor Louis Charles
Vant Bèf Info (VBI)
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