Un pays qui s’habitue malheureusement au chaos

Par Wandy CHARLES

Chaque journée qui passe en Haïti ressemble désormais à une succession de bulletins d’alerte. Des morts. Des déplacés. Des quartiers vidés. Des familles qui fuient. Des autorités qui promettent. Et une population qui attend encore le retour d’un minimum de stabilité.

Ce samedi 23 mai 2026, l’actualité nationale, telle que relayée par les médias locaux, dessine une fois de plus le portrait d’un pays pris au piège d’une crise sécuritaire qui s’aggrave plus vite que les réponses censées la contenir.

Alors que la Primature annonce un durcissement des opérations contre les gangs et un renforcement de la coordination sécuritaire, les chiffres, eux, continuent de raconter une autre réalité : celle d’un État qui peine encore à reprendre le contrôle des « territoires perdus ».

Près de 390 morts à Cité Soleil et Croix-des-Bouquets entre mars et mai, selon les Nations unies. Trente mille déplacés en seulement dix jours d’après le Programme alimentaire mondial. Derrière ces statistiques froides se cachent des vies fracassées, des enfants déracinés, des femmes livrées à l’incertitude et des familles contraintes d’abandonner leur maison pour trouver refuge dans des écoles, des rues ou des places publiques.

Le plus inquiétant reste peut-être cette banalisation de la catastrophe. À force de voir défiler les massacres, les déplacements forcés et les appels à l’aide, le pays semble glisser vers une forme de fatigue collective. Comme si l’exception devenait la norme. Comme si l’urgence permanente finissait par anesthésier les consciences.
Pourtant, les annonces officielles se multiplient. Réunions stratégiques. Coordination renforcée. Nouvelles opérations annoncées. Mais sur le terrain, beaucoup continuent de poser la même question : pourquoi les gangs paraissent-ils toujours capables d’étendre leur influence malgré les moyens déployés, les renforts internationaux, les blindés, les drones et les multiples discours de fermeté ?

Cette interrogation dépasse désormais le simple débat sécuritaire. Elle touche à la crédibilité même des institutions publiques. Car un État qui ne protège plus durablement ses citoyens finit par perdre l’un des fondements essentiels de son autorité.

Dans ce contexte, l’appel lancé à Rabat par la ministre des Affaires étrangères, Raina Forbin, en faveur d’un soutien international renforcé, traduit aussi les limites des capacités nationales actuelles. Haïti cherche encore de l’aide pendant qu’à l’intérieur du pays, des milliers de citoyens cherchent simplement un endroit où dormir sans entendre les armes.

Mais aucune assistance étrangère ne remplacera une vision nationale cohérente, une stratégie sécuritaire lisible et surtout une volonté politique capable de produire des résultats visibles. La crise haïtienne ne se résume plus à un problème d’insécurité ; elle devient une crise profonde de gouvernance, d’autorité et de confiance publique.

Et pendant que les communiqués se succèdent, le pays, lui, continue de courir.

Vant Bef Info (VBI)


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