Pourquoi un avis de recherche de la DCPJ quand on sait déjà où se trouvent les personnes recherchées ?

En Haïti, les cas de Duclona Darlens, dit « Enspektè Tèt Kale », et d’Esther Thomas, dite « Nice B », soulèvent des interrogations sur l’efficacité des avis de recherche de la DCPJ. Recherchés dans le cadre d’une enquête sur la mort de « Baby Love », les deux individus se trouveraient en Haïti, dans une zone contrôlée par des groupes armés dans la plaine. Ils ont encore diffusé un direct sur les réseaux sociaux, mercredi 9 septembre 2026.

Port-au-Prince, le 10 septembre 2026.-Cette diffusion intervient alors que les deux personnes font l’objet d’avis de recherche. Leur présence publique sur les réseaux sociaux relance la question de l’exploitation du renseignement et de la capacité d’intervention des forces de sécurité.

Le direct diffusé mercredi aurait enregistré plus de 100 000 vues, selon les données communiquées autour de cette séquence. Cette exposition publique intervient alors que les autorités disent rechercher les deux individus.

Un problème qui dépasse le cas de « Nice B » et « Enspektè Tèt Kale »

Cette affaire intervient dans un contexte marqué par la persistance des enlèvements et des attaques armées.

Jeudi 10 septembre, une femme a été tuée lors d’une tentative de kidnapping à Delmas 31. Quelques jours avant la rentrée scolaire, le gouvernement avait annoncé la mobilisation de 10 750 policiers pour renforcer la sécurité autour des établissements scolaires.

Pourtant, deux élèves et leur chauffeur ont été kidnappés à Siloé, à Delmas 75, au cours de la semaine de reprise des classes.

Cette situation pose la question de l’efficacité des dispositifs de renseignement et de prévention mis en place par les autorités. Elle renvoie également aux moyens consacrés au renseignement et à leur utilisation dans la lutte contre la criminalité.

Selon une source gouvernementale, la Primature disposerait d’une enveloppe d’environ huit millions de gourdes par mois dans ce domaine. Le ministère de l’Intérieur disposerait également de ressources consacrées à ces mécanismes. La Police nationale d’Haïti (PNH) demeure, pour sa part, le principal bras opérationnel de l’État en matière de sécurité.

La question est donc celle des résultats produits par ces différents mécanismes.

Combien d’informations exploitables sont recueillies ? Combien d’opérations sont déclenchées grâce au renseignement ? Combien de réseaux criminels sont démantelés ?

À ce stade, aucun bilan public ne permet de mesurer précisément ces résultats.

La logique des gangs résumée par une formule : « Nou pa fè rimè »

Le phénomène est devenu particulièrement préoccupant avec l’expansion des zones sous influence armée.

Des quartiers entiers échappent au contrôle effectif des autorités. Certaines communes vivent avec une présence criminelle presque permanente. Carrefour en est un exemple.

Dans ces territoires, les groupes armés semblent choisir le moment et le lieu de leurs attaques. Ils communiquent, menacent, passent à l’action et revendiquent parfois publiquement leurs actions.

Face à cette situation, l’État donne souvent l’impression de courir derrière les événements.

D’un côté, les Forces armées d’Haïti (FAd’H) sont largement cantonnées à un rôle d’observation. De l’autre, la PNH intervient souvent dans l’urgence, après les attaques, pour sécuriser les lieux et annoncer de nouvelles opérations.

Entre-temps, le Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN) se réunit régulièrement. Des réunions sont tenues, des annonces sont faites, des condamnations sont exprimées et de nouvelles réponses sont promises.

Mais les résultats restent difficiles à évaluer publiquement.

La DCPJ change de direction

C’est dans ce contexte qu’intervient le changement à la tête de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).

Mercredi 9 septembre, l’inspecteur général Mario Aubergiste a été installé comme nouveau directeur de la DCPJ. Il succède à Marc Justin, qui dirigeait l’institution depuis environ douze mois.

D’autres changements ont également touché la chaîne sécuritaire ces dernières semaines. Kenscoff a notamment connu un changement à la tête de son commissariat.

Ces réaménagements sont-ils nécessaires ? Ne serait-il pas surtout temps d’expliquer ce qui bloque ?

Si les autorités disposent d’informations permettant de localiser des personnes recherchées, pourquoi ne peuvent-elles pas intervenir ?

Ces questions trouveront leur réponse dans les résultats obtenus sur le terrain.

Au-delà des annonces, des réunions et des communiqués, l’enjeu est désormais de mesurer l’efficacité réelle du dispositif de renseignement et de sécurité.

Belly-Dave Bélizaire
Vant Bèf Info (VBI)


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