PNH : plus de 124 milliards de gourdes en cinq ans, pour quels résultats ?

Les crédits consacrés à la Police nationale d’Haïti (PNH) ont dépassé 124 milliards de gourdes au cours des cinq derniers exercices budgétaires. Pourtant, l’insécurité reste hors de contrôle dans plusieurs régions du pays. Le massacre de Kenscoff, dans la nuit du 23 au 24 août 2026, relance ainsi la question de l’efficacité des ressources consacrées à la sécurité publique.

Port-au-Prince, 30 août 2026. —Les crédits alloués à la PNH sont passés de 16,69 milliards de gourdes en 2021-2022 à 26,53 milliards en 2025-2026. Cela représente une progression d’environ 59 %.

Sur cinq exercices, les montants se répartissent ainsi :

  • 2021-2022 : 16,69 milliards de gourdes ;
  • 2022-2023 : 24,24 milliards ;
  • 2023-2024 : 27,41 milliards ;
  • 2024-2025 : 29,98 milliards ;
  • 2025-2026 : 26,53 milliards.

Le total atteint environ 124,86 milliards de gourdes.

Des ressources en hausse, une insécurité persistante

Cette augmentation des crédits intervient alors que la situation sécuritaire s’est fortement détériorée.

Dans plusieurs zones, les groupes armés contrôlent des territoires et imposent leurs règles. Des familles ont abandonné leurs maisons. Des communes restent difficiles d’accès pour les autorités. Les enlèvements, les massacres et les déplacements de population se poursuivent.

À Kenscoff, les violences répétées illustrent cette difficulté. Après plusieurs attaques depuis 2025, la commune a encore été frappée les 23 et 24 août. Des habitants ont été tués et des maisons incendiées. Des familles ont également fui leurs quartiers.

La question n’est plus seulement celle du budget

La PNH fait face à d’importantes contraintes. Elles concernent notamment les effectifs, les équipements, la logistique, la formation et le renseignement.

Les groupes armés disposent également d’armes et de ressources importantes. La lutte contre eux ne dépend donc pas uniquement du budget de la police. Elle nécessite aussi un système judiciaire fonctionnel, un renseignement efficace, une coordination entre les institutions et une présence durable de l’État.

Mais l’importance des ressources mobilisées pose une autre question : comment évaluer l’efficacité des dépenses consacrées à la sécurité ?

Le nombre de policiers effectivement déployés, l’état des commissariats, la disponibilité des véhicules, les capacités de renseignement, les opérations réalisées et le contrôle durable des territoires constituent quelques-uns des indicateurs permettant d’évaluer cette efficacité.

Plus de moyens, mais quels indicateurs de performance ?

Avec près de 125 milliards de gourdes consacrés à la PNH en cinq ans, la population est en droit de demander des comptes sur l’utilisation de ces ressources.

Cette demande ne signifie pas que l’argent suffit à résoudre la crise. Une police efficace a besoin de moyens, mais aussi d’une organisation adaptée, d’un commandement efficace, de personnels formés et d’un environnement institutionnel capable de soutenir son action.

L’enjeu est donc de rapprocher les dépenses publiques des résultats obtenus sur le terrain.

La question centrale devient ainsi celle de la performance de la politique de sécurité : les ressources engagées permettent-elles réellement de mieux protéger la population ?

La sécurité comme obligation de résultat

Haïti a besoin d’une PNH forte, professionnelle et suffisamment équipée. La réponse ne consiste pas nécessairement à réduire son financement. Elle consiste à garantir que les ressources disponibles produisent des capacités opérationnelles réelles.

Pour les citoyens, les chiffres budgétaires restent abstraits lorsqu’ils vivent sous la menace des armes. Ils attendent surtout de pouvoir circuler, travailler et vivre en sécurité.

Les 124,86 milliards de gourdes consacrés à la PNH en cinq ans représentent donc un investissement public majeur. Le défi est désormais de mesurer clairement ce qu’il produit.

Le massacre de Kenscoff rappelle brutalement l’urgence de cette évaluation. Malgré les ressources consacrées à la sécurité, la protection durable de nombreuses populations reste un défi majeur pour l’État haïtien.

Moïse François
Vant Bèf Info (VBI)


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