Haïti : le directeur général de la Défense accuse le ministre de détournements de fonds
Le directeur général du ministère haïtien de la Défense, Jean Ronel Sistanis, accuse publiquement le ministre Jean Michel Moïse de graves irrégularités financières et administratives. Il évoque plusieurs centaines de millions de gourdes engagées sans résultats visibles et dénonce une gestion qu’il juge contraire aux textes en vigueur.

Port-au-Prince, 2 février 2026 –
Le directeur général du ministère de la Défense, Jean Ronel Sistanis, dénonce ce lundi des irrégularités financières et administratives au sein de l’institution, mettant directement en cause le ministre Jean Michel Moïse. Lors d’un point de presse, il évoque des détournements de fonds, des violations des règles de gestion et une mauvaise gouvernance affectant les Forces armées d’Haïti (FAd’H).
Jean Ronel Sistanis affirme que plusieurs décaissements importants n’ont donné lieu à aucune réalisation concrète. Il cite notamment 80 millions de gourdes destinés à la réhabilitation de la base du Grand Quartier général des FAd’H au Champ-de-Mars, 50 millions de gourdes alloués à la base du Bicentenaire et 160 millions de gourdes engagés pour une ferme à Belladère, où, selon lui, aucun ouvrage n’est visible.
Il accuse également le ministre d’avoir accaparé 350 millions de gourdes issus du Fonds d’intelligence, des ressources qui, d’après les textes en vigueur, doivent être gérées par le Haut État-Major des FAd’H.
Le directeur général dénonce par ailleurs une distribution qu’il qualifie d’opaque des subventions et des primes de risque. Il affirme que des proches du ministre en bénéficient, y compris des personnes se trouvant à Bombardopolis, tandis que des militaires déployés à Kenscoff ne perçoivent aucune allocation et rencontrent des difficultés matérielles.
Il évoque aussi la situation de militaires blessés ou décédés en service, dont les familles n’auraient reçu aucune indemnisation, en dépit des dispositions prévues par décret. Il mentionne notamment deux militaires morts à Delmas, dont les cartes prépayées auraient été bloquées un mois après leur décès.
Sur le plan institutionnel, Jean Ronel Sistanis rappelle qu’un texte officiel fait du commandant en chef des FAd’H l’ordonnateur adjoint du ministre de la Défense, une prérogative qui, selon lui, n’est jamais respectée. Il dénonce également une dépense de 70 millions de gourdes pour un garage censé appartenir au ministère, affirmant qu’aucune infrastructure de ce type n’existe dans les bases militaires.
Le directeur général affirme en outre que des entreprises écrans et des contrats fictifs bénéficient de fonds publics. Il met en cause le chef de cabinet du ministre, Candide Cosky Jean, évoquant l’utilisation de circuits bancaires, notamment à la Banque de la République d’Haïti, pour le changement de chèques. Il cite également Dominique Eugène, qu’il accuse de percevoir des paiements liés à des contrats inexistants.
Sur le plan sécuritaire, Jean Ronel Sistanis déclare que son bureau a été vandalisé en juillet 2025 et que des dossiers ont disparu. Il indique avoir saisi un juge de paix et la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), sans résultat à ce stade. Il rapporte aussi un incident survenu le 18 décembre 2025, au cours duquel deux pick-up transportant des agents de la Brigade de recherches et d’interventions (BRI) auraient bloqué son véhicule officiel. Il affirme avoir saisi l’Inspection générale, sans réponse.
Jean Ronel Sistanis affirme avoir alerté, depuis mars 2025, les autorités compétentes sur ce qu’il qualifie de corruption systémique au sein du ministère de la Défense. Il appelle les institutions concernées à constater l’état des bases des FAd’H et à faire la lumière sur la gestion des fonds publics.
Belly-Dave Bélizaire
Vant Bèf Info (VBI)
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