Drame à la Citadelle : Jude Édouard Pierre appelle à clarifier les responsabilités de l’État après l’arrestation du maire de Milot

Le drame survenu le 11 avril 2026 à la Citadelle Laferrière continue de provoquer une vive émotion à travers le pays, tout en soulevant de nombreuses interrogations sur la gestion des responsabilités publiques. Selon les autorités, plus de vingt-cinq personnes ont perdu la vie dans cet incident qualifié de tragédie nationale.

Port-au-Prince, 14 avril 2026. Alors que la population attend des réponses précises, l’arrestation du maire de Milot, Wesner Joseph, accompagnée de celle de plusieurs agents de sécurité liés notamment à l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN) et à la municipalité, alimente un débat sur la conduite de la justice et le fonctionnement de l’État.

Une réaction judiciaire qui suscite des réserves

Réagissant à cette situation, Jude Édouard Pierre appelle à la prudence dans le traitement judiciaire du dossier. Selon lui, la justice doit s’appuyer sur des éléments factuels solides et éviter toute décision dictée par l’émotion ou des considérations politiques.

L’ancien président de la Fédération nationale des maires d’Haïti insiste sur le respect des garanties procédurales et des principes du droit administratif, dans un contexte marqué par une forte pression de l’opinion publique.

Un système centralisé mis en cause

Au-delà des interpellations, Jude Édouard Pierre met en lumière les limites du fonctionnement centralisé de l’État haïtien. Il souligne que la concentration des décisions stratégiques et des ressources à Port-au-Prince pose un problème récurrent dans la gestion des collectivités territoriales.

Dans cette perspective, plusieurs questions demeurent en suspens :

Quel a été le rôle du ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales dans l’encadrement des autorités locales ?

Quelle part de responsabilité revient au ministère de la Culture, à travers l’ISPAN, dans la sécurisation du site ?

Des dispositifs adéquats avaient-ils été mis en place pour gérer l’afflux de visiteurs ?

Comment s’articule la gestion de la Citadelle entre institutions centrales et autorités locales ?

Des failles dans la coordination institutionnelle

L’ancien maire de Carrefour attire également l’attention sur le contexte administratif local. Les autorités municipales de Milot étaient en fonction depuis moins d’un mois au moment des faits, ce qui, selon lui, pourrait avoir influencé la gestion de la situation.

Il évoque notamment :

d’éventuelles lacunes dans le transfert d’informations entre les équipes sortantes et entrantes ;

le rôle de la délégation départementale dans la continuité des services publics ;

l’absence possible d’accompagnement des nouveaux responsables face à un événement d’envergure.

Silence des collectivités et inquiétudes institutionnelles

Autre point soulevé : le silence observé au sein de la communauté des maires. Pour Jude Édouard Pierre, cette absence de prise de position pourrait refléter une certaine fragilité des institutions locales dans un climat politique et judiciaire tendu.

Plaidoyer pour une enquête indépendante

Face à l’ampleur du drame, l’ancien président de la FENAMH plaide pour la mise en place d’une enquête indépendante, impartiale et dépolitisée. L’objectif, selon lui, est d’établir les faits avec rigueur et de déterminer les responsabilités sans désignation préalable de coupables.

Il évoque également la nécessité d’une éventuelle implication du Protecteur du citoyen afin de garantir le respect des droits fondamentaux.

Entre exigence de justice et respect de l’État de droit

Si la quête de justice pour les victimes fait consensus, Jude Édouard Pierre met en garde contre les dérives possibles liées à des décisions prises dans l’urgence. Il estime que la gestion de ce dossier doit impérativement préserver les principes de l’État de droit.

Pour lui, le drame de la Citadelle dépasse le cadre d’un simple accident et révèle des enjeux structurels liés à la gouvernance publique, notamment la répartition des responsabilités entre pouvoir central et collectivités territoriales.

Un test pour la décentralisation

Enfin, cette tragédie relance le débat sur la décentralisation en Haïti. L’ancien maire de Carrefour souligne que le renforcement des pouvoirs locaux doit s’accompagner d’un respect effectif des prérogatives des autorités municipales.

La manière dont cette crise sera gérée pourrait ainsi constituer, selon lui, un test déterminant pour l’avenir de la gouvernance locale et la consolidation des institutions démocratiques dans le pays.

Par Ronald André


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