Romney Cajuste : du journalisme a l’humorisme, l’itinéraire d’une reconquête intérieure

Longtemps voix rigoureuse de l’information en Haiti et du reportage en particulier, Romney Cajuste a choisi de quitter le journalisme pour emprunter une voie plus intime : celle de l’humour. Derrière ce revirement, se dessine un parcours singulier, fait de lucidité, de rupture et de réinvention, où le rire devient un prolongement du regard critique porté autrefois sur les faits, donc le réel.
Petion-ville, 29 avril 2026.- Avant d’être connu sous les traits de Kajo Plezi, Romney Cajuste s’est d’abord imposé dans le paysage médiatique haïtien comme journaliste. À Radio Métropole, il affine son écriture, structure sa pensée et forge une éthique professionnelle fondée sur la rigueur et la responsabilité.
Très tôt, le natif de Cabaret (ville située a l’entrée Nord de Port-au-Prince) se distingue par sa capacité à traiter des sujets sensibles avec justesse. En 2003, il est récompensé dans le cadre d’un concours de reportage sur le VIH/SIDA, consacrant un travail qui témoigne déjà d’une attention particulière portée à l’humain, au-delà des faits.
Romney Cajuste a fait ses armes dans plusieurs médias, notamment à MINUSTAH FM, où il animait les émissions La vie dans la Cité et Fonda Natal. Dans ces programmes, il présentait, analysait et débattait des réalités sociopolitiques en Haïti. Il y proposait également des reportages de grande qualité, au point d’être considéré comme l’un des maîtres à penser de ce genre dans le pays.
Le journalisme, chez lui, ne relève pas d’un simple exercice technique. Il engage une vision : celle de comprendre, décrypter et restituer les interactions et les rapports sociaux. Une vocation pleinement assumée, patiemment construite, qui semblait tracer une trajectoire stable. Mais, pour autant, rien n’était aussi figé qu’il n’y paraissait.
Rompre avec l’évidence pour se réinventer
C’est pourtant au moment où cette trajectoire se consolide que survient la rupture. Contre toute attente, Romney Cajuste décide de se retirer du journalisme. Une décision qui surprend, tant elle intervient à un moment de reconnaissance professionnelle. Ce choix, loin d’être impulsif, s’enracine dans une réflexion plus profonde sur le sens de la réussite et la fidélité à soi. D’ailleurs, dans un entretien, il affirmait que : « Siksè pa defini menm jan pou tout moun ».
À travers cette déclaration, il redéfinit les contours d’un parcours qui ne se mesure plus uniquement à l’aune des acquis professionnels. Derrière cette inflexion, il évoque des ressorts intimes : nostalgie, blessures personnelles, quête de sens, mais aussi un désir de se reconnecter à une parole plus libre.
Quitter le journalisme revient alors à abandonner une forme de stabilité pour embrasser l’incertitude, mais aussi pour reconquérir un cote plus personnel, plus intime et presque existentiel. Le geste est radical, cependant plein de perspectives.

Transformer le regard en langage de dérision
De cette rupture naît Kajo, puis Kajo Plezi. Une figure désormais familière de l’espace numérique haïtien. L’humoriste ne se contente pas de divertir : il observe, décortique et restitue les contradictions sociales avec une acuité héritée de son solide passé journalistique.
Son humour, nourri du quotidien, oscille entre ironie et lucidité. Il capte les travers, amplifie les situations, détourne les évidences pour mieux interroger la société. Là où le journaliste exposait les faits, l’humoriste en révèle les failles, souvent avec une force expressive décuplée.
En réalité, la transition n’efface pas le journaliste qu’était ou même qu’est Romney Cajuste ; elle le transforme. La rigueur du regard demeure, mais s’exprime désormais à travers une parole plus incarnée, affranchie des contraintes formelles. Le rire devient ainsi un outil, presqu’un langage critique, au service d’une même exigence. Celle de dire le réel, autrement.
Le parcours de Romney Cajuste ne se résume pas à un simple changement de carrière. Il s’apparente à une traversée, marquée par la volonté de redéfinir sa place et son mode d’expression. En quittant le journalisme pour l’humour, il n’a pas renoncé à raconter le monde ; il a choisi d’en déplacer le regard. Entre rigueur et dérision, son itinéraire traduit une conviction profonde : celle que la vérité peut aussi se dire en faisant rire. Apres tout, on corrige les mœurs en riant !
Wandy CHARLES
Vant Bef Info (VBI)
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