Accidents : stationnement anarchique, garages sauvages, le désordre routier fait courir de graves risques

Par Wandy CHARLES

Plusieurs accidents de la circulation signalés ces derniers jours à Pétion-Ville, à Lalue, sur la route de Frères et à Delmas ravivent les inquiétudes concernant la sécurité routière dans la région métropolitaine. Dimanche 18 octobre, vers 9 h 50, une Toyota Prado blanche a percuté un camion de marchandises dans la zone du marché Se Radòt, à Kafou Lektò. Le conducteur a été grièvement blessé, de même que des chauffeurs de taxi-moto et des marchands. Si les circonstances exactes de cette collision restent à établir, ces accidents remettent en lumière un problème ancien : l’occupation anarchique des rues, le stationnement désordonné et la multiplication des obstacles à la circulation.

Port-au-Prince, 19 octobre 2026.- À Pétion-Ville, à Lalue, sur la route de Frères ou encore à Delmas, les accidents de la circulation continuent d’alimenter les préoccupations des usagers. Les collisions, les véhicules renversés et les pertes de contrôle rappellent la fragilité de la sécurité routière dans une agglomération où la circulation est souvent difficile. Dimanche soir, aux environs de 9 h 50, une Toyota Prado blanche est entrée en collision avec un camion de marchandises à proximité du marché Se Radòt, dans le secteur de Kafou Lèkto. Selon les premières informations recueillies, le choc a fait plusieurs blessés, dont le conducteur du véhicule, des chauffeurs de taxi-moto et des marchands présents sur les lieux.

D’autres accidents ont récemment été signalés dans la région métropolitaine. Le 16 octobre, un véhicule se serait renversé sur le tronçon reliant Ti Plas Kazo à Delmas 75. D’autres signalements font état de collisions et de blessés dans plusieurs secteurs de Delmas et de Pétion-Ville. Ces événements ne sauraient être attribués indistinctement aux mêmes causes. Vitesse excessive, défaillance mécanique, imprudence, état de la chaussée ou obstacles à la circulation : chaque accident exige une enquête permettant d’établir les responsabilités. Mais leur répétition soulève une question plus large : dans quel environnement les usagers de la route sont-ils aujourd’hui contraints de circuler ?

Des voitures au milieu des rues, des trottoirs transformés en cimetières d’épaves

Il suffit de parcourir certains axes de Pétion-Ville et de Delmas pour constater à quel point l’espace public est disputé. Des véhicules sont stationnés en double file, parfois au beau milieu de la chaussée. Des camions et des camionnettes transportant des marchandises s’immobilisent aux abords des marchés pour charger ou décharger leurs cargaisons. Des voitures hors d’usage restent abandonnées sur les trottoirs ou en bordure des voies. Ailleurs, des mécaniciens transforment des portions de rues en garages à ciel ouvert.

La chaussée se rétrécit. Les automobilistes doivent contourner les obstacles, multiplier les manœuvres et se disputer les quelques mètres encore disponibles. Les motocyclistes se faufilent entre les véhicules, tandis que les piétons, privés d’espaces sécurisés, sont repoussés sur la route. Ces pratiques favorisent les embouteillages monstres et créent des situations dangereuses, particulièrement aux intersections, dans les virages et aux abords des marchés.

Les camions de marchandises constituent une préoccupation particulière. Lorsqu’ils stationnent dans des espaces inadaptés, ils réduisent la visibilité, obstruent les voies et compliquent les déplacements des autres usagers.

Aux abords des marchés, la chaussée devient un espace à haut risque

La situation se complique davantage dans les zones commerciales. Marchands ambulants, chauffeurs de taxi-moto, transporteurs, véhicules particuliers et camions de livraison se partagent un espace souvent saturé, sans séparation suffisamment claire entre les activités commerciales et la circulation automobile.

L’occupation des trottoirs à Pétion-Ville et sur la route de Delmas est devenue un fait banal. Les piétons, faute de passage, sont contraints d’emprunter directement la chaussée, s’exposant aux véhicules en mouvement. Cette cohabitation désordonnée peut rapidement tourner au drame. Le 10 septembre 2025, sur la route de Frères, un camion transportant un conteneur avait terminé sa course sur des passants et des véhicules stationnés près du marché Kokoye. Au moins deux personnes avaient été tuées et une dizaine d’autres blessées.

L’accident avait notamment frappé des petits commerçants installés aux abords de la chaussée. Plus d’un an après, cet épisode demeure un rappel douloureux de la vulnérabilité des personnes qui gagnent leur vie à proximité immédiate du trafic automobile.

Le règne du chacun-pour-soi

Le désordre routier ne relève pas uniquement des insuffisances de l’administration. Il est aussi entretenu par des comportements individuels qui finissent par s’imposer comme des habitudes. Certains automobilistes se garent là où cela les arrange, sans se préoccuper de la circulation. Des propriétaires laissent leurs véhicules accidentés ou hors d’usage encombrer durablement l’espace public. Des garagistes occupent les rues pour réparer des automobiles, tandis que des transporteurs immobilisent leurs camions sans toujours tenir compte des conséquences pour les autres usagers.

Chacun trouve une justification. Il faut travailler, livrer des marchandises, réparer un véhicule, chercher un client ou gagner sa journée. Mais les nécessités économiques ne sauraient abolir les règles de sécurité collective. Une rue n’est pas un garage privé. Un trottoir n’est pas un dépôt d’épaves. Une chaussée n’est pas une aire de stationnement à la discrétion du premier venu. Cette appropriation individuelle de l’espace public finit par produire un désordre collectif dont tout le monde subit les conséquences.

Où sont les autorités chargées de faire respecter les règles ?

La mairie de Pétion-Ville, la Direction de la circulation et de la police routière (DCPR) ainsi que les autres organismes concernés ne peuvent ignorer l’ampleur du problème. Depuis plusieurs années, des mesures sont annoncées pour réglementer le stationnement, dégager les trottoirs, limiter les activités commerciales sur la chaussée et encadrer la circulation des véhicules lourds.

En août 2026, la municipalité de Pétion-Ville a notamment décidé de restreindre la circulation des taxis à trois roues dans le centre-ville. Cette décision a provoqué la protestation de conducteurs réclamant des espaces de stationnement adaptés. Mais au-delà des interdictions ponctuelles, la question demeure celle d’une véritable politique d’organisation de la circulation et d’occupation de l’espace public.

Combien de véhicules abandonnés ont été enlevés ? Combien de garages improvisés ont été contraints de libérer la chaussée ? Quels espaces ont été aménagés pour les opérations de livraison autour des marchés ? Quelles sanctions sont effectivement appliquées aux automobilistes qui entravent la circulation ? Et surtout, combien d’accidents faudra-t-il encore enregistrer avant que la prévention ne devienne une priorité permanente ?

La sécurité routière ne peut reposer exclusivement sur des opérations sporadiques. Elle exige des contrôles réguliers, une signalisation adaptée, des espaces de stationnement organisés et une application constante des règles.

La rue doit redevenir un espace de circulation

Les accidents récemment signalés rappellent une exigence fondamentale : circuler ne devrait pas signifier s’exposer quotidiennement à un danger évitable. Il ne suffit pas de dénoncer l’imprudence des conducteurs après chaque collision. Encore faut-il examiner les conditions dans lesquelles ils évoluent et éliminer les obstacles qui aggravent les risques.

Retirer les épaves de véhicules abandonnés, dégager les trottoirs, réglementer les livraisons, encadrer les garages, contrôler le stationnement et protéger les piétons ne relèvent ni du luxe ni de mesures exceptionnelles. Ce sont des obligations élémentaires de gestion urbaine et de sécurité publique.

Les autorités doivent assumer leur responsabilité. Les citoyens, leurs devoirs. Car dans une ville où chacun s’autorise à occuper la rue selon ses convenances, la circulation devient une confrontation permanente.

À Pétion-Ville comme à Delmas, le désordre routier ne se mesure plus seulement en kilomètres d’embouteillages ou en heures perdues. Il se mesure aussi aux vies exposées, aux blessés transportés d’urgence et aux familles frappées par des accidents dont certains pourraient être évités.

Vant Bef Info (VBI)


Discover more from Vant Bèf Info (VBI)

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *