Carrefour : taxes imposées par les gangs armés aux habitants

À Carrefour, des gangs armés exigeraient de l’argent aux propriétaires et aux locataires. Selon les informations rapportées, les habitants devraient payer pour garder leur logement, et aussi pour le quitter.

Port-au-Prince, 12 octobre 2026.*À Carrefour, commune de la région métropolitaine de Port-au-Prince, la violence des gangs armés ne se limiterait plus à l’occupation de territoires. Selon les informations rapportées, ces groupes imposent aussi des taxes aux propriétaires et aux locataires. Le logement devient ainsi une nouvelle source de revenus pour eux.

Pour des familles déjà éprouvées par l’insécurité, la précarité et la faiblesse des services publics, cette charge s’ajoute à la peur des coups de feu. Garder son toit supposerait désormais de trouver de l’argent.

Payer pour rester, payer pour partir

Selon les informations disponibles, les propriétaires et les locataires devraient verser des sommes fixées par les gangs pour conserver leur logement. Ceux qui ne pourraient pas payer risqueraient de devoir quitter leur maison.

Les habitations abandonnées par les familles en fuite seraient en outre récupérées et relouées à d’autres occupants. Le départ lui-même serait taxé : des sommes seraient aussi exigées de ceux qui veulent déménager.

Des familles perdraient ainsi le contrôle de leur maison, non pas à la suite d’une décision de justice, mais sous la pression d’une autorité armée. C’est une atteinte à des libertés fondamentales : disposer de ses biens et choisir son lieu de résidence.

Une emprise qui s’étend à l’économie locale

L’influence des gangs ne s’arrêterait pas au logement. Les postes de péage attribués aux groupes armés, les prélèvements sur les commerces et le contrôle de plusieurs secteurs témoigneraient d’une extension de leur pouvoir.

Des mécanismes de taxation toucheraient aussi, selon les informations rapportées, les banques commerciales, les maisons de transfert, les jeux de hasard et les marchés publics. Les écoles, les établissements de santé et les services publics fonctionneraient eux aussi dans ce climat d’insécurité.

En apparence, la commune continue de fonctionner. Les commerces ouvrent, les marchés restent actifs et les habitants circulent. Mais la continuité des activités ne prouve pas que l’autorité de l’État y soit rétablie.

Des questions pour l’État

Cette situation interroge la capacité des autorités à protéger la population. Où sont les institutions chargées de garantir la sécurité des personnes et des biens ? Comment des citoyens peuvent-ils subir des prélèvements sans protection publique effective ?

La Police nationale d’Haïti (PNH) a pour mission de protéger les citoyens et de combattre la criminalité. Elle doit disposer des moyens et de la stratégie nécessaires pour reprendre le contrôle des zones sous emprise armée.

Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est directement interpellé sur la sécurité publique. Les habitants attendent des mesures concrètes, une stratégie claire et des résultats. Pour eux, l’urgence est de protéger les familles, de sécuriser les logements et de rétablir la présence des institutions.

La communauté internationale aussi interpellée

La présence de forces internationales en Haïti renforce les attentes en matière de sécurité. Des efforts sont engagés pour soutenir les forces haïtiennes face aux groupes armés, mais la situation à Carrefour montre l’ampleur du chemin qui reste à parcourir.

Les habitants veulent des résultats tangibles : dormir chez eux sans craindre de perdre leur logement, travailler sans subir de prélèvements criminels et se déplacer sans négocier leur liberté avec des hommes armés. L’écart entre ces attentes et la réalité du terrain mérite une explication publique et des réponses rapides.

Un enjeu pour l’État de droit

Quand un groupe armé prétend décider qui reste dans une maison et qui doit payer pour partir, il ne s’agit plus seulement d’insécurité. C’est une remise en cause des droits fondamentaux et de l’État de droit.

Cette emprise peut aussi s’installer progressivement, à mesure que les institutions reculent et que les citoyens perdent confiance dans la protection de l’État. Les habitants de Carrefour ne demandent pas de privilège. Ils veulent vivre en sécurité, protéger leurs biens, envoyer leurs enfants à l’école, se soigner et travailler. Ils attendent des actes, et non de simples déclarations.

Alfailly Junior PIERRE
Vant Bèf Info (VBI)


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