Nouvelle transition : Jimmy Albert et ses alliés doivent aussi répondre de leur bilan

Haïti s’enfonce dans une crise sécuritaire, politique et économique. Des familles fuient leur domicile. Les conditions de vie se dégradent. Dans ce contexte, Jimmy Albert et ses alliés réclament une nouvelle transition. Mais peuvent-ils dénoncer les échecs du pouvoir sans rendre compte de leur propre rôle dans la période actuelle ?

Pétion-Ville, 12 octobre 2026.-travers le Rassemblement des ententes nationales (REN), Jimmy Albert a pris part à l’Assemblée du Consensus national, organisée les 8 et 9 octobre à Pétion-Ville. Les participants ont notamment réclamé un exécutif bicéphale et un nouveau gouvernement dirigé par un autre Premier ministre. Ces propositions visent à sortir le pays de l’impasse. Toutefois, elles soulèvent une question essentielle : qu’est-ce qui garantit que cette nouvelle formule fera mieux que la précédente ?

Les critiques formulées contre la gouvernance actuelle rejoignent les préoccupations de nombreux citoyens. L’insécurité persiste et l’organisation des prochaines élections reste incertaine. Mais dénoncer les échecs du pouvoir ne suffit pas. Les promoteurs d’une nouvelle transition doivent présenter un projet précis et expliquer ce qui le distingue des expériences précédentes.

La question de la responsabilité politique se pose également au regard des liens entre le REN et le Conseil présidentiel de transition (CPT). Régine Abraham, représentante du REN, a siégé au sein du Conseil. Cette participation ne suffit pas, à elle seule, à établir une responsabilité collective. Elle appelle toutefois des explications sur le rôle des acteurs concernés et leur appréciation du bilan de la transition.

Le dossier des 50 millions de gourdes consacrés aux célébrations du 18 mai 2025 soulève aussi des interrogations. L’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) a relevé des irrégularités et recommandé des suites judiciaires contre plusieurs responsables concernés, dont l’ancienne ministre Niola Lynn Sarah Dévalis Octavius. Ces conclusions doivent être distinguées d’une éventuelle décision judiciaire établissant les responsabilités pénales.

Pour les citoyens, l’enjeu dépasse les rivalités politiques. Comment accorder leur confiance à de nouveaux dirigeants si les questions relatives à la gestion précédente restent sans réponse claire ? Les responsables concernés doivent expliquer leurs décisions, reconnaître les échecs et préciser les leçons tirées de cette expérience.

Une nouvelle transition ne garantit aucun changement. Remanier l’exécutif ne suffira pas à rétablir la sécurité, à relancer l’économie ou à restaurer la confiance. Jimmy Albert et ses alliés doivent préciser la durée de leur projet, ses priorités, ses mécanismes de contrôle et les résultats attendus. Haïti n’a pas seulement besoin d’une nouvelle formule politique. Le pays a besoin de dirigeants capables d’agir, de gérer les ressources publiques avec transparence et de rendre des comptes.

Emmanuel Joseph
Vant Bèf Info (VBI)


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