Narcotrafic international : Haïti, l’autoroute maritime des cartels sud-américains

Les routes maritimes haïtiennes restent utilisées pour le transit international de stupéfiants. Dans son rapport final S/2026/714, publié en septembre 2026, le Groupe d’experts des Nations Unies documente trois saisies majeures de cocaïne et de cannabis. Les opérations ont eu lieu près de l’île de la Tortue, au port d’Anvers, en Belgique, et au large de Môle-Saint-Nicolas.

Port-au-Prince, 10 octobre 2026 —Selon le rapport, l’insécurité et la faiblesse des mécanismes de contrôle favorisent le développement des trafics illicites. Le nord d’Haïti demeure un corridor important pour les réseaux criminels opérant dans la région. Des ressortissants jamaïcains et bahamiens participent également à certaines opérations.

Île de la Tortue : 1 045 kilos de cocaïne saisis

Le 13 juillet 2025, la Police nationale d’Haïti (PNH) a intercepté une embarcation au large de l’île de la Tortue, dans le département du Nord-Ouest. L’opération a permis de saisir 1 045 kilogrammes de cocaïne.

Selon les informations communiquées aux experts par un État membre, la cargaison provenait de la région côtière de Buritaca, dans le département colombien de Magdalena. Le groupe criminel Autodefensas Conquistadoras de la Sierra Nevada y est actif.

Le rapport estime la valeur de la cargaison à environ 34 millions de dollars sur le marché américain. Il indique également que deux ressortissants, l’un jamaïcain et l’autre bahamien, ont été arrêtés avant de mourir. Deux autres suspects sont tombés à la mer.

Les autorités haïtiennes poursuivaient leur enquête, notamment à partir des données extraites d’un téléphone satellitaire et de cartes SIM saisies lors de l’opération.

Anvers : plus d’une tonne de cocaïne dans un conteneur parti du Cap-Haïtien

Le 14 juillet 2025, un conteneur a quitté le port du Cap-Haïtien à destination de l’Europe. Après un transbordement à Kingston, en Jamaïque, il est arrivé au port d’Anvers, en Belgique, le 22 août 2025.

Les autorités belges y ont découvert 1 156,42 kilogrammes de cocaïne répartis en 1 000 paquets, selon le rapport de l’ONU.

La drogue était dissimulée selon la méthode dite du « rip-off ». Cette technique consiste à introduire des produits illicites dans une cargaison commerciale légale, parfois à l’insu de l’expéditeur et du destinataire.

Les experts indiquent que cette saisie constitue le deuxième cas signalé au port d’Anvers impliquant une cargaison partie d’Haïti. En septembre 2023, les autorités belges avaient saisi 308,7 kilogrammes de cocaïne dans un envoi provenant de Port-au-Prince.

Les deux affaires impliquaient des circuits commerciaux légaux liés aux exportations de cacao haïtien. Le rapport ne permet toutefois pas d’affirmer que les exportateurs concernés connaissaient la présence de drogue dans les cargaisons.

Môle-Saint-Nicolas : 1 376 kilos de cannabis interceptés

Le 30 avril 2026, les garde-côtes américains ont intercepté un navire au large de Môle-Saint-Nicolas, dans le Nord-Ouest. L’opération a conduit à la saisie de 1 376 kilogrammes de cannabis, selon le Groupe d’experts.

Cette interception illustre l’ampleur des saisies de stupéfiants recensées pendant la période couverte par le rapport. Les experts soulignent que les réseaux utilisent Haïti et ses eaux territoriales pour acheminer de la drogue vers le nord des Caraïbes et au-delà.

Le rapport relève également des chevauchements entre le trafic de stupéfiants et certains réseaux de migration clandestine. Ces activités peuvent emprunter des routes maritimes similaires, mais elles ne doivent pas être assimilées systématiquement.

Des contrôles maritimes et portuaires à renforcer

Pour le Groupe d’experts, les saisies documentées témoignent de l’importance d’Haïti dans certaines routes régionales du narcotrafic. Les trafiquants exploitent les voies maritimes et les circuits commerciaux pour déplacer leurs cargaisons.

Le rapport inscrit ces activités dans un contexte plus large d’insécurité et de gouvernance fragile. Il souligne les risques liés à l’expansion des trafics illicites et de la criminalité transnationale organisée.

Les données présentées ne signifient pas que toutes les exportations haïtiennes sont suspectes ni que les entreprises concernées participent nécessairement aux trafics. Elles mettent plutôt en évidence les risques de détournement de cargaisons et les difficultés de contrôle des chaînes logistiques.

Le renforcement des contrôles portuaires, de la surveillance maritime et de la coopération internationale constitue donc un enjeu important pour limiter le transit de stupéfiants par Haïti.

Deslande Aristilde
Vant Bèf Info (VBI)


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