Ouanaminthe : derrière les « pranks » dénoncés, le risque de blessures durables pour les enfants
Par Wandy Charles

Des publications Facebook dénoncent des attouchements présumés sur des filles présentées comme mineures à Ouanaminthe, sous couvert de vidéos humoristiques. En plus des appels à l’intervention des autorités, ces accusations soulèvent une inquiétude : celle de gestes susceptibles d’affecter durablement les enfants, puis de prolonger leur humiliation sur les réseaux sociaux.
Une caméra, un geste déplacé, une réaction captée pour faire rire. C’est la pratique que dénoncent des publications relayées sur Facebook à propos de jeunes se présentant comme des créateurs de contenu à Ouanaminthe. Selon ces messages, des filles, dont certaines en uniforme scolaire, auraient été touchées aux fesses dans le cadre de prétendus « pranks ». Les auteurs des dénonciations réclament une intervention des autorités judiciaires, des organismes de protection de l’enfance et des organisations féministes.
La page « Mr ander prank » est nommément citée dans ces publications. Toutefois, les éléments accessibles ne permettent pas de vérifier indépendamment les scènes dénoncées, l’âge des protagonistes ou les circonstances des enregistrements. Un commentaire indexé suggère d’ailleurs que les personnes impliquées pourraient toutes être mineures. Cette réserve appelle une vérification rigoureuse ; elle ne suffit ni à confirmer les accusations ni à écarter les préoccupations soulevées.
Si les faits rapportés sont établis, leurs conséquences pourraient dépasser largement les quelques secondes d’une vidéo. Un contact intime imposé peut provoquer un sentiment d’humiliation, de peur ou d’insécurité. L’Organisation mondiale de la santé rappelle que les violences subies pendant l’enfance peuvent entraîner de l’anxiété, une dépression, un stress post-traumatique et des difficultés d’apprentissage. Ces effets ne sont pas systématiques et aucun diagnostic ne peut être posé sur les enfants concernés à partir des informations disponibles. Ils constituent néanmoins des risques à prendre au sérieux.
La diffusion des images peut ensuite prolonger l’épreuve. Une scène partagée, téléchargée puis republiée échappe rapidement au contrôle de la personne filmée. Dans la cour d’école ou sur un téléphone, elle peut devenir un support de moqueries et de harcèlement. L’UNICEF souligne que la portée d’Internet et la persistance des contenus peuvent amplifier les effets des violences numériques. Le cyberharcèlement peut notamment affecter la santé mentale et conduire certains enfants à éviter l’école.
Un rire devant la caméra ne suffit donc pas à établir qu’un geste était accepté. Une courte séquence ne renseigne pas, à elle seule, sur ce que la personne a compris, ressenti ou subi. Présenter la réaction filmée comme une preuve que « tout allait bien » risquerait de faire disparaître la question essentielle : le respect de son intégrité.
Ces dénonciations posent également la question de la banalisation. Transformer un geste intrusif en divertissement peut donner à d’autres l’idée de le reproduire pour attirer l’attention. Il s’agit d’un risque, et non d’une évolution déjà démontrée dans ce dossier. Mais une pratique valorisée par les vues et les partages peut brouiller les limites entre humour, humiliation et violence.
Pour les personnes mises en cause, une enquête pourrait aussi avoir des conséquences judiciaires, selon les faits établis et le droit applicable. Il revient aux autorités compétentes de vérifier les vidéos, d’identifier les protagonistes, de déterminer leur âge et d’entendre les personnes concernées. Le mot « prank » ne permet, à lui seul, ni de qualifier juridiquement les faits ni d’en effacer la gravité éventuelle.
Les publications retrouvées sollicitent le commissaire du gouvernement compétent, les organisations de défense des droits des femmes et l’Institut du bien-être social et de recherches (IBESR). Au moment de cette recherche, aucune réaction officielle vérifiable concernant précisément ces accusations n’a été retrouvée.
L’urgence est désormais de vérifier les faits tout en protégeant les enfants susceptibles d’être concernés. Les dénoncer ne devrait pas conduire à exposer davantage leur visage, leur école ou leur identité. Car une vidéo peut disparaître d’une page sans que cessent les copies, les moqueries ou le souvenir de l’humiliation.
Vant Bef Info ( VBI)
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