Haïti : qui peut encore penser le pays ?
Par Aristilde Deslande
Il faut peut-être arrêter de demander qui va sauver Haïti. La question est trop simple pour une crise devenue aussi complexe. Le dernier rapport du Groupe d’experts de l’ONU nous oblige à poser une question plus difficile : qui peut encore penser Haïti ? Penser un pays où se croisent insécurité, corruption, banditisme, trafic, faiblesse institutionnelle et pauvreté.

Pétion-Ville, 8 octobre 2026.- Le rapport ne décrit pas seulement des gangs qui occupent des territoires. Il révèle un écosystème dans lequel interviennent des acteurs politiques, économiques et sécuritaires. Des armes circulent, des réseaux financent la violence et certains acteurs entretiennent des liens avec les groupes armés. Le problème haïtien n’est donc plus seulement le banditisme. C’est un système.
Et ce système ne détruit pas uniquement des vies. Il détruit l’économie. Une route contrôlée devient une taxe. Une entreprise qui ferme supprime des emplois. Un agriculteur empêché d’atteindre son champ perd sa récolte. La violence finit ainsi par devenir une véritable économie parallèle.
Puis vient l’école. Que devient un pays lorsqu’un enfant apprend à reconnaître le bruit d’un coup de feu avant de comprendre une équation ? La violence provoque des déplacements, perturbe l’éducation et prive une génération de stabilité. Nous ne parlons donc plus seulement d’une crise sécuritaire, mais d’une crise de l’avenir.
Le plus inquiétant est peut-être ailleurs. Comment combattre les gangs lorsque leurs réseaux dépassent les quartiers qu’ils contrôlent ? L’ONU souligne que s’attaquer uniquement aux chefs de gangs ne suffira pas. Il faut aussi atteindre les réseaux qui les financent, les arment et facilitent leurs activités.
Voilà pourquoi la réponse ne peut pas être uniquement militaire. Il faudra reconstruire la police, renforcer la justice, combattre la corruption, sécuriser les routes, relancer la production et rouvrir les écoles. Il faudra surtout reconstruire une autorité publique capable de faire respecter la même règle pour tous.
Mais une question demeure : qui a intérêt à maintenir Haïti dans cet état ? Car lorsque l’instabilité rapporte, la paix devient une menace pour ceux qui profitent du désordre. Le contrôle des territoires, la contrebande, les trafics et l’extorsion ont créé des intérêts qui dépassent largement les hommes armés visibles dans les rues.
Alors, qui sauvera Haïti ? Peut-être que la mauvaise question est justement celle-là. Un pays ne se reconstruit pas autour d’un homme providentiel. Il se reconstruit autour d’un projet, d’institutions crédibles et d’une génération capable de penser au-delà de ses intérêts immédiats.
Le rapport de l’ONU nous présente donc plus qu’un pays en crise. Il nous renvoie le miroir de plusieurs années de renoncements, de complicités et d’impunité. La question n’est plus seulement de savoir comment combattre ceux qui détruisent le pays, mais comment reconstruire les conditions qui permettront à ceux qui veulent le construire de réussir.
Haïti n’a peut-être pas besoin d’un sauveur. Haïti a besoin d’un projet de pays. Et la question la plus urgente est désormais de savoir qui aura le courage de le penser, de le défendre et surtout de le construire.
Vant Bèf Info (VBI)
Discover more from Vant Bèf Info (VBI)
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
