Haïti : Défenseurs Plus alerte sur une crise électorale à l’approche du 13 décembre

Insécurité persistante, inscriptions limitées, règles électorales instables : le Collectif Défenseurs Plus estime que les conditions d’un scrutin crédible ne sont pas réunies. Dans un rapport d’observation daté d’octobre 2026, l’organisation appelle à des corrections majeures pour éviter que le retour aux urnes ne débouche sur une nouvelle crise institutionnelle.

Crédit photo : Hector Retamal, AFP

Port-au-Prince, 6 Aout 2026.- Le calendrier avance, mais les garanties peinent à suivre. À l’issue de son observation du processus électoral, menée du 1er novembre 2024 au 30 septembre 2026, le Collectif Défenseurs Plus dresse un constat préoccupant : dans les conditions relevées, Haïti ne peut garantir des élections libres, inclusives et suffisamment crédibles le 13 décembre prochain. L’organisation pointe une accumulation de difficultés sécuritaires, institutionnelles et techniques qui menace aussi bien la participation des citoyens que l’acceptation des résultats.

Le registre électoral concentre une part importante de ses inquiétudes. Selon les données citées dans le rapport, environ 6,55 millions de personnes figuraient dans la base de l’Office national d’identification (ONI) en août 2026, dont quelque 5,8 millions disposaient d’une carte d’identification nationale valide. À la fin de septembre, le dispositif d’inscription du Conseil électoral provisoire (CEP) ne comptabilisait pourtant qu’environ 706 700 électeurs.

Défenseurs Plus précise que ces deux fichiers remplissent des fonctions différentes. L’ONI assure l’identification nationale, tandis que le CEP constitue le registre des citoyens inscrits pour voter. Selon le cadre électoral décrit dans le rapport, ce registre doit être élaboré à partir de la base de l’ONI, mais le citoyen doit également se présenter dans un Centre d’inscription et de vote. Pour le Collectif, cette démarche supplémentaire risque de devenir un obstacle lorsque l’insécurité, les déplacements ou les difficultés d’accès aux centres empêchent les citoyens de l’accomplir.

L’écart entre les deux dispositifs soulève ainsi des questions concrètes : les centres sont-ils accessibles ? Les échanges de données entre l’ONI et le CEP fonctionnent-ils efficacement ? Les personnes déplacées peuvent-elles choisir ou modifier leur lieu de vote ? L’administration électorale dispose-t-elle des moyens nécessaires pour inscrire les citoyens encore absents du registre dans les délais ? L’organisation réclame un audit indépendant pour éclaircir ces points et prévenir une exclusion massive.

Sur le terrain, la violence compromet davantage cette participation. Le rapport rappelle que les inscriptions, ouvertes le 20 juillet dans les chefs-lieux de neuf départements, n’incluaient pas initialement l’Ouest en raison des contraintes sécuritaires. Il cite également une estimation de l’Organisation internationale pour les migrations faisant état d’environ 1,5 million de déplacés internes en septembre. Pour Défenseurs Plus, la sécurité électorale doit permettre aux citoyens de circuler, de s’informer et de participer à la campagne, bien avant le jour du vote.

À ces obstacles s’ajoute l’instabilité des règles. Le Collectif retrace les modifications successives du cadre électoral, notamment l’adoption d’un décret le 2 juin 2026, puis sa révision le 2 juillet. Il estime que ces changements fragilisent la compréhension des procédures, la préparation des agents et la confiance des acteurs politiques. Le premier tour, initialement prévu pour le 30 août, a été reprogrammé au 13 décembre, une échéance que le CEP conditionne lui-même à un climat sécuritaire acceptable et à la disponibilité des ressources financières.

La transparence de l’administration électorale est également interrogée. Au 30 septembre, Défenseurs Plus affirme n’avoir identifié, parmi les publications officielles accessibles du CEP, aucun rapport trimestriel permettant de vérifier l’avancement des opérations. Le Collectif demande la publication régulière d’informations sur les inscriptions, les centres opérationnels, les matériels disponibles, les financements mobilisés et la situation sécuritaire des communes.

Le document fait aussi état de signalements concernant des pratiques corruptives présumées autour des cartes d’identification, la neutralité de certains acteurs électoraux et l’utilisation possible de ressources publiques à des fins politiques. L’organisation précise que ces allégations ne constituent pas des faits judiciairement établis. Elle demande des investigations indépendantes, respectueuses de la présomption d’innocence.

Parmi ses recommandations figurent une évaluation du fonctionnement du CEP, un dispositif exceptionnel d’inscription pour les déplacés et une concertation permanente entre les institutions, les partis et la société civile. Le Collectif propose également d’envisager, dans le cadre d’un dialogue national, une recomposition du Conseil ou des réformes susceptibles de restaurer la confiance.

Défenseurs Plus appelle enfin à évaluer la faisabilité du 13 décembre sur la base de critères publics et mesurables. L’organisation réaffirme l’urgence du retour à l’ordre constitutionnel, tout en avertissant qu’un scrutin organisé sans corrections majeures pourrait prolonger la crise au lieu de la résoudre.

Vant Bef Info (VBI)


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