Haïti : l’ONU accuse Rosemila Petit-Frère de liens avec des réseaux de gangs
Rosemila Petit-Frère, ancienne mairesse de l’Arcahaie et femme d’affaires, est au cœur d’une partie du dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti. Les experts l’accusent d’avoir entretenu des liens avec des chefs de gangs et d’avoir facilité la circulation d’informations, d’argent et de ressources entre des réseaux criminels et des acteurs politiques et économiques. Mme Petit-Frère conteste ces constatations. Les experts affirment avoir maintenu leurs conclusions après examen de sa réponse.

New York, 7 octobre 2026. — Le rapport final, référencé S/2026/714 et publié en septembre 2026, revient notamment sur les relations présumées de l’ancienne mairesse avec des membres de la coalition Viv Ansanm. Les enquêteurs disent avoir obtenu des informations corroborées par deux États membres.
Des échanges avec des chefs de gangs
Selon le Groupe d’experts, Rosemila Petit-Frère entretenait des communications régulières avec plusieurs chefs de gangs avant la création de Viv Ansanm en septembre 2023.
Les experts citent notamment Renel Destina, alias « Ti Lapli », chef du gang de Grand Ravine, et Jean Gardy, alias « Pece Pim Pim », présenté comme un responsable du gang Krache Dife.
Le rapport affirme que Mme Petit-Frère aurait transmis à « Ti Lapli », à au moins trois reprises, des informations confidentielles concernant des opérations imminentes de la Police nationale d’Haïti (PNH). Ces informations auraient concerné notamment des interventions contre Grand Ravine et d’autres groupes appelés à rejoindre Viv Ansanm.
Des soupçons autour de fonds publics
Les experts de l’ONU examinent également les relations politiques et administratives de l’ancienne mairesse.
Selon leurs constatations, ses contacts au sein de l’administration auraient facilité la nomination de certaines personnes à des postes stratégiques. Le rapport évoque notamment la Caisse d’assistance sociale (CAS).
Une partie des fonds qui auraient été détournés dans ce cadre aurait ensuite bénéficié à Jean Gardy, selon les experts. Ces éléments s’inscrivent dans une enquête plus large sur les liens entre ressources publiques et groupes armés.
Des entreprises citées dans le rapport
Le Groupe d’experts affirme également que des opérations financières auraient transité par trois entreprises appartenant à Rosemila Petit-Frère : Centre Commercial, Groupe Radio Mono 96.3 FM et Excel Travel.
Les enquêteurs soutiennent que ces structures auraient servi à réintroduire dans l’économie légale des fonds provenant d’activités illicites.
Le rapport évoque aussi des informations confidentielles provenant de policiers et transmises à certaines personnalités déjà visées par des sanctions internationales, dont Prophane Victor et Magalie Habitant.
Une affaire déjà suivie par la justice haïtienne
Le dossier de Rosemila Petit-Frère ne date pas du rapport de l’ONU. L’ancienne mairesse a été arrêtée en août 2025 en République dominicaine alors qu’elle revenait du Canada, avant d’être remise aux autorités haïtiennes. Son dossier avait ensuite été transféré au cabinet d’instruction.
En janvier 2026, le juge instructeur Mathieu Chanlatte lui a accordé une ordonnance de mainlevée pour des raisons médicales. Cette décision n’a pas mis fin à la procédure judiciaire.
Petit-Frère conteste les accusations
Rosemila Petit-Frère a répondu aux accusations formulées par le Groupe d’experts. Elle conteste les constatations présentées dans le rapport.
Après examen de ses observations, les experts indiquent avoir maintenu leurs conclusions.
Les accusations contenues dans le rapport de l’ONU ne constituent toutefois pas une condamnation judiciaire. Leur portée doit être distinguée des décisions rendues par les tribunaux haïtiens dans le cadre de la procédure en cours.
Deslande Aristilde
Vant Bèf Info (VBI)
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