Haïti : l’ONU alerte sur les dérives des groupes d’autodéfense

Les groupes d’autodéfense se multiplient dans plusieurs régions d’Haïti face à l’expansion des gangs. Ils assurent parfois la protection de communautés menacées. Mais certains sont également accusés d’extorsions, de violations des droits humains et de détention illégale d’armes.

Port-au-Prince, 8 octobre 2026 — Dans son rapport final S/2026/714, le Groupe d’experts du Conseil de sécurité de l’ONU met en garde contre cette évolution. Selon les experts, certains groupes risquent de reproduire les pratiques des gangs et de devenir de nouveaux acteurs criminels. Cette inquiétude est également relevée dans d’autres rapports onusiens sur la situation sécuritaire en Haïti.

Des groupes qui collaborent avec la PNH

Dans l’Ouest, certains groupes d’autodéfense sont dirigés par des policiers ou comptent des agents de la Police nationale d’Haïti (PNH) parmi leurs membres.

Dans le Bas-Artibonite, plusieurs groupes coordonnent leurs actions avec la PNH. Certains collaborent également avec des agents de la Brigade de sécurité des aires protégées (BSAP).

Le Groupe d’experts reconnaît leur rôle dans la protection de certaines communautés contre les attaques des gangs. Cette situation s’explique notamment par la présence limitée des institutions de sécurité dans plusieurs zones.

Extorsions et violations des droits humains

Le rapport relève toutefois des dérives dans certaines zones.

Des groupes d’autodéfense seraient impliqués dans des extorsions aux points de contrôle. Certains auraient également commis des violations des droits humains.

Dans le Bas-Artibonite, des groupes auraient obtenu des armes et des munitions grâce à des contributions de la population et de la diaspora. Certaines contributions auraient été collectées de manière forcée.

Le rapport fait aussi état de munitions fournies par des policiers à des groupes participant à des opérations contre les gangs.

Les experts rapportent par ailleurs des exécutions sommaires attribuées à des forces de sécurité et à des groupes d’autodéfense. Des enfants soupçonnés d’être associés aux gangs figureraient parmi les victimes.

L’Artibonite sous surveillance

L’Artibonite constitue l’un des principaux foyers de cette dynamique.

Depuis la fin de 2025, une trentaine de groupes d’autodéfense se seraient regroupés au sein de la Lower Artibonite Coalition. L’ensemble compterait environ 300 membres, selon le rapport.

Le Groupe d’experts évoque également la Coalition des révolutionnaires pour sauver l’Artibonite, connue comme la coalition de Jean Denis.

Selon plusieurs interlocuteurs cités par les experts, cette structure serait davantage assimilable à un gang qu’à un groupe d’autodéfense. Des violations répétées des droits humains lui sont notamment attribuées.

L’ONU avait déjà identifié cette coalition comme un groupe considéré comme un gang plutôt que comme une structure d’autodéfense.

Vers un encadrement des « Brigadiers de paix »

Face à la multiplication de ces structures, le ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales a engagé l’enregistrement des personnes désignées comme « Brigadiers de paix ».

Selon le Groupe d’experts, cette démarche doit permettre aux autorités de connaître les effectifs et les équipements de ces groupes, notamment leurs armes.

Les experts reconnaissent les risques liés à leur formalisation. Ils estiment toutefois que l’absence d’encadrement présente des risques encore plus importants.

Le risque d’une nouvelle fragmentation sécuritaire

Pour le Groupe d’experts, l’enjeu est de maintenir la participation des communautés à leur propre protection sans favoriser la création de groupes armés échappant au contrôle de l’État.

L’expérience récente montre en effet que certains groupes d’autodéfense peuvent évoluer vers des pratiques criminelles. En décembre 2024, par exemple, des membres d’un groupe d’autodéfense de l’Artibonite avaient tué des personnes accusées d’être liées à un gang. Une attaque de représailles de Gran Grif avait ensuite fait de nombreuses victimes.

Pour l’ONU, le contrôle institutionnel, la supervision et le respect des droits humains restent donc essentiels pour éviter que l’autodéfense ne se transforme en nouvelle source de violence.

Aristilde Deslande
Vant Bèf Info (VBI)


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