L’ONU décrit un réseau de contrebande de civelles ( jeunes anguilles) lié à Jean-Charles Moïse

Le commerce des civelles, ces jeunes anguilles à forte valeur marchande, reste exposé à la contrebande en Haïti. Dans son rapport final sur le pays, le Groupe d’experts du Conseil de sécurité de l’ONU met en cause Jean-Charles Moïse dans cette filière.

Port-au-Prince, 8 octobre 2026 —Le document, publié sous la référence S/2026/714, décrit un secteur peu réglementé, opaque et exposé à la corruption. Les experts présentent Jean-Charles Moïse comme le « bénéficiaire effectif » d’un réseau d’exportateurs illicites de civelles.

Jean-Charles Moïse est ancien sénateur du Nord et secrétaire général du parti Pitit Dessalines. Le Groupe d’experts affirme également qu’il exerce une influence importante sur cette activité. Ses conclusions reposent notamment sur des entretiens avec des commerçants, des responsables du secteur et des sources confidentielles.

Un commerce très lucratif

Les civelles comptent parmi les ressources naturelles les plus rentables du pays. Selon l’ONU, leur prix peut atteindre 3 000 à 5 000 dollars américains le kilogramme sur le marché international.

En Haïti, les pêcheurs qui les fournissent recevraient entre 0,34 et 1,70 dollar le kilogramme. Cet important écart de prix favorise les intermédiaires et les réseaux d’exportation.

Le Groupe d’experts estime que l’absence d’un cadre réglementaire solide expose davantage la filière aux activités illicites.

Des pressions autour des permis d’exportation

Selon le rapport, le réseau associé à Jean-Charles Moïse exercerait une influence sur la délivrance des permis d’exportation.

Ces autorisations sont délivrées au début de la saison de pêche, qui s’étend généralement de septembre à mars. Des sources citées par les experts affirment que M. Moïse aurait également une influence sur la composition du bureau chargé de délivrer ces permis.

Le rapport fait aussi état de pressions exercées sur certains agents des douanes. Des fonctionnaires qui auraient refusé de répondre à certaines demandes auraient été mutés, selon les témoignages recueillis par les experts.

Une filière entre Haïti et la République dominicaine

Le Groupe d’experts s’est notamment penché sur des opérations réalisées pendant la saison 2024-2025.

Cette période a coïncidé avec la suspension des vols entre Port-au-Prince et les États-Unis. Selon le rapport, cette situation aurait empêché Jean-Charles Moïse d’exporter ses civelles par les voies habituelles.

Son réseau aurait alors utilisé des embarcations privées appartenant à des opérateurs dominicains. Des fournisseurs haïtiens et des commerçants dominicains ont décrit aux experts un système permettant de transporter les civelles depuis le Nord d’Haïti. Des agents des douanes haïtiennes auraient facilité certaines opérations.

L’incident de Fort-Liberté

Le Groupe d’experts a également enquêté sur un incident survenu le 20 décembre 2024 dans la région de Fort-Liberté, dans le Nord.

Selon ses conclusions, le réseau aurait mélangé des stocks provenant de fournisseurs illicites de la région et d’autres parties d’Haïti. Les produits auraient ensuite été exportés comme s’ils provenaient uniquement de sources haïtiennes.

Le rapport examine aussi deux affaires de contrebande survenues entre octobre et décembre 2024. Selon les experts, ces opérations présentaient un mode opératoire similaire et impliquaient au moins une personne commune.

Haïti toujours hors de la CITES

Le Groupe d’experts souligne la vulnérabilité persistante de cette filière. Haïti n’est toujours pas partie à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES).

Selon le rapport, l’adhésion à cette convention nécessite notamment l’intervention du pouvoir législatif. L’absence actuelle de Parlement constitue donc un obstacle à cette procédure.

L’ONU recommande un décret

Face aux risques liés au commerce des civelles, le Groupe d’experts recommande au gouvernement haïtien d’envisager l’adoption d’un décret réglementant leur exploitation et leur commerce.

Cette mesure devrait, selon les experts, permettre de mieux encadrer la filière dans l’attente d’une éventuelle adhésion d’Haïti à la CITES.

Le rapport considère le commerce des civelles comme un enjeu à la fois économique et sécuritaire. Sa forte rentabilité et le faible niveau de contrôle du secteur créeraient des conditions favorables à la contrebande et aux flux financiers illicites.

Le Groupe d’experts précise que ses investigations ont été menées jusqu’au 10 juillet 2026. Il indique avoir utilisé des documents, des sources indépendantes et vérifiables, ainsi que les réponses des personnes concernées.

Les éléments concernant Jean-Charles Moïse constituent les conclusions et allégations du Groupe d’experts de l’ONU. Ils ne valent pas, à eux seuls, condamnation judiciaire.

Aristilde Deslande
Vant Bèf Info (VBI)


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