Des journalistes agressés lors de la couverture d’un enterrement à Kenscoff

Plusieurs journalistes ont été pris à partie et agressés ce mercredi 2’septembre 2026 à Kenscoff, alors qu’ils assuraient la couverture des funérailles de cinq personnes tuées lors du dernier massacre perpétré dans cette commune.
Parmi les professionnels de la presse visés figure le photojournaliste de l’Associated Press (AP), Odelyn Joseph, qui affirme avoir été violemment frappé alors qu’il exerçait son métier. Il se trouvait sur les lieux aux côtés d’autres journalistes, dont Clarens Siffroy, correspondant de l’Agence France-Presse (AFP).

Kenscoff, 2 septembre 2026 —

Selon les témoignages recueillis auprès des journalistes présents, des membres de la population s’en sont pris à plusieurs professionnels de la presse, dans un contexte particulièrement tendu. Face à l’hostilité et aux violences, certains journalistes ont dû se réfugier au commissariat de Kenscoff afin d’échapper à leurs agresseurs.
L’incident ne s’est pas limité aux violences physiques. Du matériel professionnel appartenant à certains journalistes aurait également été endommagé au cours de l’altercation, compliquant davantage les conditions dans lesquelles ces professionnels tentent d’accomplir leur travail.

Un climat de plus en plus hostile

Cette nouvelle agression intervient quelques jours seulement après un incident similaire. La semaine dernière déjà, d’autres journalistes avaient été pris à partie dans la même commune alors qu’ils assuraient leur travail de couverture.

Ces incidents successifs traduisent un climat de tension particulièrement préoccupant à Kenscoff, où la population demeure profondément marquée par les violences et les pertes humaines enregistrées récemment. Dans un tel contexte, la présence des journalistes sur le terrain peut susciter colère, incompréhension ou méfiance, notamment lorsque les émotions sont encore à vif.

On peut comprendre que les nerfs soient à fleur de peau. Les familles endeuillées et les habitants confrontés à l’insécurité vivent des moments extrêmement difficiles. La douleur, la peur et la colère peuvent facilement prendre le dessus.
Mais rien ne saurait justifier les violences commises contre des journalistes dans l’exercice de leur fonction.

La presse n’est pas responsable de la fièvre

Les journalistes ont, de tout temps, été la cible de critiques acerbes. Leur travail dérange parfois, leurs reportages peuvent susciter des réactions hostiles et leurs images ou leurs écrits peuvent être contestés. Certains sont même agressés, menacés ou pris pour cible simplement parce qu’ils exercent leur métier.
Pourtant, il est essentiel de rappeler une réalité : la presse n’est pas la cause de la fièvre, elle en est le thermomètre.

Le journaliste qui se rend sur le terrain ne crée pas nécessairement la violence qu’il documente. Il tente de la montrer, de la raconter et d’en rendre compte à une opinion publique qui, sans le travail de la presse, resterait souvent dans l’ignorance de ce qui se passe réellement.
S’en prendre au journaliste parce qu’il rapporte une réalité douloureuse ne fera donc pas disparaître cette réalité. Briser une caméra, endommager un appareil photo, menacer un reporter ou le contraindre à se réfugier dans un commissariat ne mettra pas fin à l’insécurité et ne rendra pas justice aux victimes.

Au contraire, la liberté de la presse demeure plus que jamais nécessaire dans un pays confronté à de graves crises sécuritaires et sociales. Les journalistes doivent pouvoir travailler sans craindre pour leur intégrité physique et sans être contraints de choisir entre leur sécurité et leur devoir d’informer.

Les autorités compétentes, les organisations de défense de la presse et l’ensemble de la société doivent prendre au sérieux ces agressions répétées. La colère et la frustration sont compréhensibles, mais elles ne peuvent devenir un permis de s’en prendre à ceux dont la mission est de témoigner.

Protéger les journalistes, c’est aussi protéger le droit du public assoiffé d’informations.

Uguenson Auguste
Vant Bèf Info (VBI)


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