Renouvellement de la loi Hope – Help : le docteur Eddy Labossière appelle à un vaste plan de développement économique en Haïti

Le renouvellement de la loi HOPE/HELP constitue une décision favorable à l’économie haïtienne, mais demeure insuffisant pour assurer une relance économique durable d’Haïti. C’est l’analyse de l’économiste Eddy Labossière, interrogé par la rédaction de Vant Bèf Info (VBI) dans un contexte marqué par une crise économique et sociale profonde, la fermeture ou la destruction de nombreuses entreprises, la perte d’emplois et la forte dégradation du pouvoir d’achat.

Port-au-Prince, 2 septembre 2026 —

Loi HOPE/HELP : un soutien aux emplois du secteur textile en Haïti

Selon Eddy Labossière, la prolongation des préférences commerciales accordées à Haïti par les États-Unis permet avant tout de préserver des milliers d’emplois dans le secteur textile.
« Si cette loi n’avait pas été renouvelée, ce serait la suppression automatique d’environ 20 000 emplois », rappelle l’économiste.
Dans le contexte actuel, marqué par une grave crise économique, une faiblesse persistante de l’investissement et une forte insécurité, Eddy Labossière considère le renouvellement de la loi HOPE/HELP comme un moindre mal.
« Faute de grives, on mange des merles », résume-t-il, estimant que le maintien des emplois liés à l’industrie textile représente un soutien important pour une économie haïtienne déjà fortement fragilisée.

Haïti face à plusieurs années de récession économique

Haïti cumule désormais plusieurs années de récession économique, tandis que l’insécurité continue de peser lourdement sur les activités commerciales et productives.
Le secteur privé haïtien, durement affecté par l’insécurité, les difficultés d’accès aux marchés et la contraction du pouvoir d’achat, peine à créer de nouveaux emplois. Parallèlement, l’État dispose de marges de manœuvre financières et institutionnelles limitées pour mettre en œuvre des projets de développement susceptibles de générer des revenus et des emplois.
Cette situation est particulièrement préoccupante dans les zones contrôlées ou fortement affectées par les gangs armés, où les activités économiques sont considérablement perturbées.

Pour Eddy Labossière, le renouvellement de la loi HOPE/HELP constitue donc une mesure positive, mais ne saurait être considéré comme une véritable stratégie de développement économique en Haïti.
« Le renouvellement de la loi HOPE/HELP est bénéfique pour le pays, mais celle-ci ne peut en aucune façon favoriser, à elle seule, le développement du pays », nuance l’économiste.
Le secteur textile ne peut pas, à lui seul, relancer l’économie haïtienne
Eddy Labossière appelle également à dépasser la seule logique du secteur textile. Selon lui, l’industrie de la sous-traitance ne peut constituer à elle seule le moteur du progrès économique national, notamment en raison du faible niveau des salaires et des conditions de travail.
« Le secteur textile à lui seul ne peut faciliter le progrès économique. C’est déjà une main-d’œuvre à bon marché, avec des salaires de misère, incapables de permettre aux ouvriers de renouveler leur force de travail », soutient-il.
Pour l’économiste, ce modèle économique limite les possibilités de mobilité sociale et risque de maintenir une importante partie de la population haïtienne dans une situation de précarité et de stagnation économique.

La création d’emplois décents, l’amélioration des salaires, l’augmentation du pouvoir d’achat et la diversification de la production devraient, selon lui, occuper une place centrale dans toute stratégie de relance économique en Haïti.
Eddy Labossière plaide pour un vaste projet de développement économique
Au-delà du renouvellement de la loi HOPE/HELP, Eddy Labossière estime qu’Haïti doit engager un véritable projet national de développement économique.

Une telle stratégie devrait notamment favoriser la diversification des secteurs productifs, renforcer les investissements, soutenir les entreprises locales, créer des emplois décents et améliorer durablement le pouvoir d’achat de la population.
Pour l’économiste, le maintien des avantages commerciaux accordés par les États-Unis peut contribuer à préserver des emplois, mais il doit s’inscrire dans une politique économique beaucoup plus ambitieuse afin de permettre à Haïti de sortir de la récession et de réduire sa dépendance à un modèle fondé principalement sur une main-d’œuvre à faible coût.

Le gouvernement haïtien via un communiqué à salué le renouvellement de la loi HOPE/HELP
Le gouvernement haïtien a, de son côté, salué le vote de la Chambre des représentants des États-Unis en faveur du renouvellement de la législation HOPE/HELP.
Cette décision est perçue comme un signal positif pour le secteur textile haïtien, qui dépend largement des préférences commerciales américaines.

Toutefois, l’analyse d’Eddy Labossière souligne les limites de cette mesure : le renouvellement de la loi peut contribuer à préserver des emplois existants, mais ne constitue pas, à lui seul, une réponse à la crise économique, au chômage, à la baisse du pouvoir d’achat et au déficit d’investissement auxquels Haïti est confronté.
Pour l’économiste, l’enjeu dépasse donc largement la seule prolongation de la loi HOPE/HELP : Haïti a besoin d’un vaste projet de développement économique capable de créer des emplois décents, de soutenir la production nationale et de favoriser une croissance durable.

La mesure prévoit la prolongation des dispositions commerciales préférentielles jusqu’au 31 décembre 2028. Elle doit toutefois franchir les dernières étapes du processus législatif américain avant son entrée pleinement en vigueur.

Eddy Labossière appelle à un vaste projet de développement économique en Haïti

Pour Eddy Labossière, le débat sur l’économie haïtienne ne devrait cependant pas s’arrêter au renouvellement de la loi HOPE/HELP.

Face à l’ampleur de la crise, l’économiste plaide pour une véritable stratégie de transformation économique en Haïti, reposant sur un vaste projet de développement national.

L’objectif serait notamment de créer des emplois décents et durables, de renforcer la production nationale, de soutenir les entreprises haïtiennes, de stimuler l’investissement et d’améliorer durablement les conditions de vie de la population.

À ses yeux, Haïti a besoin de bien plus qu’une simple mesure commerciale, voire davantage qu’un « plan Marshall ». Le pays doit poser les bases d’un nouveau modèle économique permettant aux employeurs et aux travailleurs d’envisager l’avenir dans une perspective de développement durable, avec un niveau de vie acceptable pour la population.

La diversification de l’économie haïtienne au cœur de la relance

Le renouvellement de la loi HOPE/HELP pourrait ainsi offrir un répit au secteur textile et contribuer au maintien de milliers d’emplois. Toutefois, pour Eddy Labossière, la véritable relance de l’économie haïtienne passe par un projet global de développement.

Cette stratégie devrait notamment miser sur la diversification de la production, le développement des entreprises, l’augmentation des investissements, la création massive d’emplois décents et le renforcement de la production nationale.

Pour l’économiste, le défi consiste désormais à transformer les mesures commerciales existantes en un véritable levier de développement économique et social pour Haïti.

Uguenson Auguste
Vant Bèf Info (VBI)


Discover more from Vant Bèf Info (VBI)

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *