Opérations contre les gangs : l’organisation Combite pour la Paix alerte sur les risques pour les civils liés à l’usage de drones explosifs

Dans un contexte d’insécurité persistante en Haïti, l’utilisation présumée de drones transportant des charges explosives lors d’opérations policières contre les gangs armés suscite des inquiétudes croissantes. Dans une note de plaidoyer publiée le 15 mars 2026, l’organisation Combite pour la Paix et le Développement (CPD) appelle les autorités haïtiennes à encadrer strictement ces pratiques afin de mieux protéger les populations civiles vivant dans les quartiers les plus exposés de la région métropolitaine de Port-au-Prince.

Port-au-Prince, le 15 mars 2026. La lutte contre les gangs armés demeure l’un des défis sécuritaires majeurs auxquels fait face l’État haïtien. Depuis plusieurs années, ces groupes criminels ont consolidé leur présence dans plusieurs quartiers populaires, imposant leur contrôle sur certains territoires et multipliant les affrontements avec les forces de sécurité.

Face à cette situation, la Police nationale d’Haïti (PNH) a intensifié ses opérations dans plusieurs zones considérées comme des bastions de gangs. Toutefois, certaines méthodes employées lors de ces interventions suscitent aujourd’hui des interrogations, notamment l’usage présumé de drones transportant des charges explosives dans des zones urbaines densément peuplées.

Dans une note de plaidoyer rendue publique à Port-au-Prince, l’organisation Combite pour la Paix et le Développement estime que si la riposte contre les groupes armés peut être jugée légitime, elle doit impérativement respecter les principes fondamentaux du droit international relatifs à l’usage de la force. Selon le CPD, la nécessité de rétablir l’ordre public ne doit pas exposer les populations civiles à des risques disproportionnés.

L’organisation souligne que les gangs disposent d’un arsenal important et contrôlent certains territoires, ce qui rend les opérations sécuritaires particulièrement complexes. Pour les autorités, l’utilisation de technologies avancées pourrait contribuer à améliorer l’efficacité des interventions. Cependant, le CPD met en garde contre les conséquences potentielles de l’utilisation d’armes explosives dans des zones habitées.

Selon l’organisation, toute intervention des forces de l’ordre doit être guidée par les principes de légalité, de nécessité, de proportionnalité et de précaution. Ces normes sont notamment consacrées dans les Principes de base des Nations unies sur le recours à la force et aux armes à feu par les responsables de l’application des lois, ainsi que dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Dans ce cadre, l’État haïtien a l’obligation de garantir la protection du droit à la vie et d’éviter toute privation arbitraire de ce droit. La force létale, rappelle le CPD, ne peut être utilisée qu’en dernier recours lorsqu’elle est strictement nécessaire pour protéger des vies humaines face à une menace imminente.

Des opérations controversées dans plusieurs quartiers de Port-au-Prince

Selon des informations relayées par l’organisation, des drones équipés de charges explosives auraient été utilisés dans certaines opérations de sécurité depuis le début de l’année 2025, notamment avec l’appui d’une société militaire privée opérant aux côtés des forces nationales.

Ces opérations auraient connu une intensification au début de l’année 2026 dans plusieurs zones sensibles de la capitale, notamment à Bel-Air, Delmas 6 et Village de Dieu, où les gangs disposent d’une forte implantation.

Des données recueillies par des structures communautaires dans ces quartiers font état d’un bilan humain préoccupant. Entre le 1er et le 31 janvier 2026, plusieurs explosions attribuées à l’utilisation de drones auraient causé la mort de 43 habitants dans les zones de La Saline et Bel-Air, tandis que 33 autres personnes auraient été blessées.

Dans le quartier de Martissant, deux décès et 19 blessés auraient également été recensés, dont plusieurs femmes. Au mois de février, le nombre de victimes aurait diminué, mais certains incidents continuent d’alimenter les inquiétudes.

Les 13 et 14 février 2026, au boulevard Jacques Dessalines, l’utilisation de deux drones combinée à la pose d’explosifs par une unité spéciale aurait provoqué la mort de dix personnes, selon les informations rapportées par l’organisation.

Parmi les victimes figureraient quatre femmes présentées comme les compagnes présumées de membres de gangs, ainsi que six civils qui se trouvaient à proximité des lieux ciblés au moment des explosions.

Dans le même temps, 36 individus identifiés comme membres présumés de gangs auraient été tués et 45 autres blessés lors de ces opérations.

À ce stade, les autorités policières n’ont pas publié de bilan officiel détaillé concernant l’ensemble des interventions ni l’impact exact des dispositifs explosifs utilisés.

Pour le CPD, même si ces chiffres nécessitent des vérifications indépendantes, ils suggèrent un impact significatif sur les populations vivant dans les zones concernées.

Des civils pris au piège dans un environnement violent

L’organisation souligne également que la situation est aggravée par les pratiques de certains groupes armés, accusés d’utiliser des civils comme boucliers humains.

Selon des témoignages recueillis sur le terrain, certains habitants seraient contraints par les gangs à rester dans des zones exposées ou à accomplir diverses tâches sous la menace. Cette stratégie compliquerait davantage les opérations des forces de l’ordre et augmenterait les risques pour les personnes non impliquées dans les activités criminelles.

Dans des quartiers caractérisés par une forte densité de population, des habitations précaires et la présence de nombreux déplacés internes, l’utilisation d’armes explosives peut provoquer des dégâts importants.

Outre les pertes humaines, ces opérations pourraient entraîner la destruction d’habitations, des déplacements forcés de familles et une détérioration du climat de confiance entre les communautés et les institutions de sécurité.

Selon le CPD, ces conséquences risquent également de compliquer l’accès des organisations humanitaires aux zones touchées, où de nombreux habitants vivent déjà dans des conditions extrêmement précaires.

L’organisation appelle à un encadrement plus strict des opérations

Face à ces préoccupations, Combite pour la Paix et le Développement invite les autorités haïtiennes et leurs partenaires internationaux à adopter une approche plus rigoureuse dans la conduite des opérations sécuritaires.

L’organisation recommande notamment d’éviter l’utilisation de drones porteurs de charges explosives ou d’autres armes explosives dans les opérations de maintien de l’ordre lorsque les risques pour les civils sont élevés.

Elle appelle également à la mise en place de mécanismes indépendants de contrôle et d’enquête afin de garantir la transparence et la redevabilité dans l’usage de la force.

Par ailleurs, le CPD encourage le renforcement de la formation des forces de sécurité aux normes internationales relatives aux droits humains, afin que les interventions se déroulent dans le respect des principes de l’État de droit.

Dans un pays confronté à une crise sécuritaire profonde, le défi consiste à concilier l’efficacité des opérations contre les gangs et la protection des droits fondamentaux des citoyens. Une équation complexe, mais essentielle pour espérer rétablir durablement la sécurité dans les quartiers les plus affectés de la capitale haïtienne.

Vant Bèf Info (VBI)


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