Fildor PQ Egeder, le regard des rues haïtiennes à travers l’objectif d’un jeune photojournaliste
Fildor PQ Egeder, 26 ans, est un photojournaliste originaire de Martissant qui a grandi à Fontamara. Depuis l’été 2024, il capture l’actualité haïtienne avec un œil attentif aux réalités sociales, politiques et humanitaires du pays. Après ses débuts au sein du média en ligne Juno7 en novembre 2024, il collabore depuis décembre de la même année en freelance avec l’agence internationale Reuters.

Port-au-Prince, le 26 janvier 2026.- Passionné par la photographie dès son adolescence, Fildor a été initié au photojournalisme grâce à un ami photographe qui arpentait les rues de son quartier.

« Au début, je ne connaissais même pas le nom du style que je pratiquais », confie-t-il à la rédaction de Vant Bèf Info (VBI). Sa curiosité et sa volonté de comprendre le rôle des images dans le récit visuel l’ont poussé à approfondir ses connaissances et à transformer sa passion en métier.
Formé chez KU Production et complétant sa pratique par des formations avec Haïtien-Time et Reuters, il a acquis une expertise qui lui permet de raconter l’actualité avec authenticité.
Pour Fildor, l’image a une force que les mots ne peuvent pas toujours atteindre. « Une photo peut capturer une émotion ou un instant précis, elle parle directement au spectateur et traverse les barrières de la langue », explique-t-il.
Son travail se concentre principalement sur la crise humanitaire, l’actualité politique et sociale, avec un engagement constant à rendre visible la réalité du terrain.
La préparation d’un reportage, selon lui, repose sur une compréhension approfondie du sujet, la définition d’un angle précis et la préparation de l’équipement nécessaire, tout en anticipant la sécurité sur le terrain.
Sur le terrain, il documente les émotions et les détails essentiels, puis sélectionne et édite les images les plus pertinentes avant de les transmettre à la rédaction.
Le choix d’une image résume à ses yeux l’événement ou la situation la plus significative, celle qui transmet l’émotion et raconte l’histoire sans explication.
Mais Fildor souligne aussi les limites éthiques : « Nous pouvons aller loin pour témoigner de la réalité, mais jamais au point de déshumaniser les gens. Informer oui, exploiter la souffrance non. » Il a déjà renoncé à publier certaines images qui portaient atteinte à la dignité des personnes photographiées.
Le photojournalisme en Haïti comporte des risques importants. Fildor se rend fréquemment dans des zones de tension où les affrontements entre gangs armés et forces de l’ordre sont fréquents.
L’accès à l’information est également un défi, les témoins hésitant à parler par crainte de représailles. « La sécurité est toujours ma priorité, même au prix de manquer un cliché », confie-t-il.
Ses images peuvent néanmoins avoir un impact concret. En 2024, un reportage photo documentant les dangers sur la route nationale #2 à Kenscoff a conduit l’État haïtien à intervenir pour sécuriser la voie.
Pour Fildor, la responsabilité sociale du photojournaliste est essentielle : informer le public tout en respectant la dignité et la sécurité des personnes.
Reconnaissant la difficulté de s’imposer comme jeune photojournaliste dans un secteur compétitif, Fildor encourage la persévérance, la curiosité et le respect de l’éthique.
Selon lui, l’avenir du métier sera de plus en plus rapide et interactif, avec la circulation instantanée des images sur les réseaux sociaux, mais la crédibilité et l’éthique devront rester des priorités.
Si une seule image devait résumer son travail, Fildor choisirait celle d’enfants dans un camp de déplacés en Artibonite, exposés à la famine et aux violences des gangs armés. « Cette photo raconte la détresse et la résilience d’un peuple souvent oublié », conclut-il.
Mederson Alcindor
Vant Bèf Info (VBI)
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