12 janvier 2010 : une mémoire douloureuse qui s’efface lentement
Seize ans après le séisme meurtrier qui a bouleversé Haïti, la commémoration des victimes se fait plus discrète. Si le souvenir demeure vif dans les cœurs, il tend à s’estomper dans l’espace public, rattrapé par l’insécurité, la misère et la fatigue sociale.

Le 12 janvier 2010 reste gravé dans l’histoire d’Haïti. Ce mardi-là, peu après 16 heures, un séisme de magnitude 7,6 déchire brutalement la quiétude d’un après-midi ordinaire. En quelques secondes, il plonge Port-au-Prince, Léogâne et leurs environs dans une tragédie nationale sans précédent. Bâtiments effondrés, cris étouffés et poussière de ciment composent alors le décor d’un pays sidéré. Presque chaque famille compte un parent proche ou éloigné enseveli sous les décombres.
Dans la nuit qui suit, la capitale se pare de draps étendus sur les trottoirs, où les survivants veillent en silence. Entre prières et sanglots, beaucoup confient leur sort à Dieu, invoqué à chaque réplique tellurique. Dès lors, le 12 janvier s’impose comme une date inévitable, chargée d’émotion et d’introspection collective.
Au fil des années, les initiatives de commémoration se multiplient. Ainsi, plusieurs écoles organisent des simulations sismiques afin de préparer élèves et enseignants aux gestes essentiels en cas de séisme. Dans les églises, les bougies allumées veulent symboliser la lumière destinée aux âmes fauchées trop tôt. Pendant que les catholiques célèbrent des messes, les protestants décrètent des journées de jeûne et les institutions publiques invitent à la réflexion citoyenne. À travers ces rituels, l’hommage rendu aux victimes se veut aussi porteur d’un renouveau possible pour un pays désormais conscient de sa vulnérabilité.
Pourtant, au fil du temps, cette commémoration autrefois vibrante semble s’affaiblir. L’insécurité persistante, la pauvreté croissante et des conditions de vie précaires ont peu à peu relégué l’événement au second plan. Les près de 300 000 victimes officiellement recensées risquent aujourd’hui de se dissoudre dans l’oubli collectif, leur souvenir devenant plus rare dans l’espace public qu’au lendemain du drame.
Mais dans l’intimité des foyers, la douleur, elle, demeure. « Jou sa, se Bondye sove kat pitit mwen yo. Si dal beton an te tonbe sou yo, menm pousyè yo m pa t ap jwenn », se remémore Marie, les yeux levés vers le ciel, comme pour revivre ce moment qui aurait pu lui ravir toute sa famille. D’autres témoignages traduisent la même persistance du traumatisme. « Sèl ti tèt pitit la m te genyen, m pèdi l… Men m pa bliye l. Bondye konnen », confie une mère qui a perdu son unique enfant sous les ruines.
Ainsi, même si les églises se vident, même si les bougies se font plus rares et même si les cérémonies officielles perdent de leur éclat, la mémoire du 12 janvier n’a pas totalement disparu. Elle survit, silencieuse, dans les cœurs de ceux pour qui cette journée ne sera jamais un simple souvenir.
Et tant que cette douleur subsistera, le 12 janvier gardera sa place dans l’histoire d’Haïti, entre mémoire collective et oublis progressifs.
Wilda DÉNESTANT
Vant Bèf Info
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