Commémoration du 12 janvier : la mémoire culturelle s’efface peu à peu de l’espace public
Et ben pour toi Seize ans après le séisme de 2010, les activités culturelles liées à la commémoration du 12 janvier se font de plus en plus rares à Port-au-Prince et dans plusieurs villes du pays. Artistes, institutions culturelles et observateurs constatent un net recul des initiatives symboliques qui, autrefois, occupaient une place centrale dans le devoir de mémoire.

Compilation d’images: Christina Juliana Vilmé
Port-au-Prince, 12 janvier 2026. — Dans les années qui ont suivi la catastrophe, la culture avait servi de vecteur principal du deuil collectif. Veillées artistiques, spectacles, lectures de poésie, expositions et performances publiques accompagnaient les cérémonies officielles et offraient des espaces de recueillement accessibles à la population.
Aujourd’hui, ces initiatives sont devenues sporadiques et peu visibles. Le 12 janvier ne figure plus comme un rendez-vous majeur dans le calendrier culturel national. Les rares activités organisées sont le plus souvent portées par des groupes isolés, sans véritable coordination ni soutien institutionnel.
Selon plusieurs acteurs du secteur culturel, l’affaiblissement de la commémoration s’explique notamment par l’absence de politiques publiques dédiées à la mémoire du séisme. Les institutions culturelles, déjà fragilisées par les crises économiques et sécuritaires, disposent de moyens limités pour organiser des programmes réguliers de transmission mémorielle.
La question de la transmission aux jeunes générations est également soulevée. De nombreux enfants et adolescents, nés après 2010, n’ont accès au souvenir du séisme qu’à travers des récits scolaires ou des archives médiatiques. En l’absence d’expressions artistiques fortes, la date du 12 janvier tend à perdre sa portée symbolique dans l’imaginaire collectif.
Par ailleurs, la commémoration se déplace de plus en plus vers les réseaux sociaux, où elle prend la forme de messages ponctuels et de publications éphémères. Cette visibilité numérique, bien que réelle, ne remplace pas les espaces physiques de rassemblement et de partage culturel qui marquaient les premières années post-séisme.
Pour plusieurs observateurs, cet affaiblissement de la mémoire culturelle traduit une forme de fatigue collective face à un traumatisme non résolu, dans un contexte où les crises successives occupent l’essentiel de l’attention publique.
Seize ans après la catastrophe, la question demeure posée : comment maintenir une mémoire vivante du 12 janvier, capable de transmettre l’histoire, de soutenir le deuil et de nourrir une réflexion collective sur la reconstruction et la résilience.
Christina Juliana Vilmé
Vant Bèf Info (VBI)
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