Fêtes de fin d’année : les déplacements vers les provinces en forte baisse sur fond d’insécurité
À l’approche des fêtes de fin d’année, période habituellement marquée par une affluence importante vers les villes de province, les principales stations de transport de la capitale affichent une activité inhabituellement faible. À Delmas 33, à « Trois Mains » ou encore à Clercine, les files de passagers se font rares.

Port-au-Prince, 16 décembre 2025. Cette baisse significative des déplacements s’explique principalement par l’insécurité persistante sur les routes nationales, notamment les axes 1 et 2, largement contrôlés par des gangs armés. Barrages illégaux, postes de péage clandestins, enlèvements et attaques armées dissuadent à la fois les chauffeurs et les voyageurs.
« Habituellement, au mois de décembre, nous effectuons plusieurs voyages par jour. Mais aujourd’hui, plus personne ne veut risquer sa vie sur ces routes », témoigne Phélismé, chauffeur assurant la liaison Port-au-Prince – Gonaïves. Il précise qu’à la même période en 2024, il transportait jusqu’à 300 passagers par semaine, contre à peine 70 cette année.
Même constat sur l’axe Port-au-Prince – Petite-Rivière de l’Artibonite. « Cela fait trois jours que je n’ai pas effectué un seul voyage. Les gens ont peur, et nous aussi, nous ne nous sentons pas en sécurité », confie Bénel, chauffeur sur cette ligne. Ce dernier dénonce également la prolifération des postes de péage illégaux érigés par les groupes armés, une situation qui entraîne une flambée des coûts de transport.
« En 2022, 400 gourdes suffisaient pour effectuer ce trajet. Aujourd’hui, il faut près de 4 000 gourdes uniquement pour le transport », explique-t-il, évoquant une augmentation d’environ 900 %. Une hausse qui rend les déplacements quasi inaccessibles pour de nombreux citoyens.
Les conséquences économiques sont lourdes pour les professionnels du secteur. « Chaque chauffeur perd entre 10 000 et 20 000 gourdes par jour. Nous ne pouvons pas continuer ainsi », alerte Bénel.
Sur la ligne Port-au-Prince – Les Cayes, M. Antoine exprime sa frustration face à l’inaction des autorités. Il dénonce l’incapacité de l’État à sécuriser la route nationale numéro 2, malgré la présence connue de multiples postes de péage illégaux sur plusieurs tronçons.
Face à cette situation jugée alarmante, certains chauffeurs réclament un renforcement urgent de la présence de la Police nationale d’Haïti sur les axes les plus à risque. D’autres envisagent de suspendre leurs activités, préférant éviter les attaques, les rançonnements ou le détournement de leurs véhicules.
Dans ce climat de peur généralisée, de nombreux Haïtiens se voient contraints de renoncer aux traditionnels déplacements vers leurs régions d’origine pour les fêtes de fin d’année, rompant avec une pratique profondément ancrée de solidarité et de retrouvailles familiales.
Pendant ce temps, aucune mesure concrète n’a encore été annoncée pour sécuriser les routes nationales et garantir la libre circulation des personnes et des biens. En attendant, c’est toute une économie informelle, vitale pour des milliers de familles, qui continue de tourner au ralenti.
Jean Gilles Désinord
Vant Bèf Info (VBI)
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