Haïti : la publication du décret électoral relance le débat sur les obstacles aux élections
L’exécutif intérimaire a franchi une nouvelle étape vers l’organisation des élections avec la publication, le 1ᵉʳ décembre 2025, du décret électoral dans Le Moniteur. Mais cette avancée institutionnelle ne suffit pas à dissiper les doutes : plusieurs acteurs politiques évoquent encore de sérieux obstacles, notamment l’insécurité et le manque de confiance envers l’équipe gouvernementale.

Port-au-Prince, le 5 décembre 2025. – Si la classe politique s’accorde sur la nécessité de rétablir la légitimité institutionnelle par les urnes, elle estime que les conditions indispensables à des élections crédibles sont loin d’être réunies.
Le leader du parti Les Engagés pour le Développement (EDE), Dr Claude Joseph, soutient qu’il faut d’abord mettre en place un exécutif bicéphale chargé de piloter le processus électoral. Selon lui, cette structure doit être capable d’inspirer confiance à la population pour garantir un scrutin transparent.
La question sécuritaire demeure également centrale. L’ancien Premier ministre lie la tenue d’élections à la capacité de l’État à rétablir l’ordre. Il plaide pour un déploiement effectif et performant de la Force de Répression des Gangs (FRG), en appui à la Police nationale d’Haïti et aux Forces armées. Sans une reprise de contrôle sur les groupes armés, l’échéance électorale restera compromise, a-t-il déclaré lors d’un entretien téléphonique avec Vant Bèf Info.
De son côté, Jeantel Joseph, dirigeant de l’opposition plurielle, estime sans détour que « le pays n’est pas prêt ». Pour lui, les élections ne pourront se tenir que lorsque les gangs seront démantelés, que les déplacés internes pourront regagner leurs quartiers, récupérer leur carte d’identification nationale, et que les routes nationales #1, #2 et #3 seront rouvertes afin d’assurer la libre circulation.
Même son de cloche du côté de Jean Elysé Celiscar, responsable des affaires juridiques de Chemin Délivrance Ayiti. Il souligne les difficultés logistiques pour implanter les Bureaux électoraux communaux et départementaux (BEC/BED) dans les zones sous contrôle armé. Il mentionne également les défis générés par l’évasion de milliers de détenus après la démolition de plusieurs infrastructures carcérales et policières dans l’Ouest, l’Artibonite et le Plateau Central.
Pour M. Celiscar, le débat essentiel reste celui du départ du Conseil présidentiel de transition le 7 février prochain, étape qu’il estime nécessaire pour débloquer la situation politique.
Entre insécurité persistante, crise humanitaire, blocage des axes routiers et difficulté d’accès à la carte d’identification nationale — document indispensable pour voter —, les interrogations se multiplient sur la capacité du pays à organiser des élections crédibles en 2026.
Jean Allens Macajoux
Vant Bèf Info (VBI)
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