L’Artibonite brûle et avec elle, un pan de l’âme paysanne haïtienne
Par Wandy CHARLES
L’Artibonite, jadis décrite comme l’un des greniers d’Haïti, l’un des bastions de notre agriculture nourricière sombre peu à peu dans le chaos. Les récents événements, tragiquement, ne laissent place à aucune illusion : ce n’est plus seulement une crise sécuritaire, c’est un démantèlement méthodique de la vie rurale, un drame régional en cours.

Depuis la première attaque sanglante des gangs contre la localité de Pont-Sondé ayant cause des morts, des blesses, des maisons incendiées et forcé des milliers de familles à fuir, la spirale de la terreur ne s’est qu’accélérée. Depuis, les campagnes comme Petite-Rivière de l’Artibonite et d’autres zones rurales sont devenues des cibles récurrentes de pillages, meurtres, enlèvements, et destructions.
Les dégâts ne se chiffrent pas seulement en cadavres, maisons brûlées, bétail disparu : ce sont des vies arrachées à la terre, des communautés dissoutes, une économie vivrière anéantie. Des dizaines de milliers de paysans, femmes, enfants, vieillards ont été chassés de leurs foyers, contraints à l’exil intérieur. Un exode silencieux, mais massif.
Le bilan 2024–2025 pour l’Artibonite et le Centre est terrible. Selon le dernier rapport de BINUH et du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, au moins 1 018 personnes ont été tuées, 213 blessées et 620 enlevées entre octobre 2024 et juin 2025.
Quand la violence gangstériste détruit l’Artibonite, elle ne frappe pas seulement des individus : elle s’attaque à la souveraineté alimentaire, à l’autonomie rurale, à cette dignité élémentaire de l’Haïtien paysan, fier de sa terre et de sa récolte. L’impact ne se limitera pas aux familles. C’est tout le pays, déjà vulnérable, qui vacille.
On entend souvent certains parler de « recomposition territoriale », de « contrôle des axes routiers », de « pillage des ressources ». Mais derrière ces euphémismes, il y a une stratégie de dépossession non pas des riches, mais des plus démunis, des paysans modestes, des producteurs de riz ou de lalo, de manioc, ceux qu’Haïti regardait comme sa base nourricière.
À qui profite ce chaos ? À ceux qui tirent profit de la terreur, du racket, du contrôle des routes, du trafic illicite. À ceux qui misent sur l’exil, la dépendance, la fragilisation des classes populaires. C’est un tri social et économique que nous subissons. Un plan macabre de dissolution des paysans, de destruction d’un mode de vie modeste mais digne.
Face à cette tragédie, l’inaction de l’État et l’abandon des populations rurales sont criants. Le répit temporaire consécutif à l’intervention policière ou à l’action internationale n’a jamais suffi. Les forces de l’ordre sont débordées, sous-équipées, dispersées. Le système judiciaire reste paralysé, l’État absent. Le résultat : un vide de pouvoir que les gangs exploitent pour consolider leur emprise.
Nous sommes à un moment charnière : la survie de l’Artibonite et ce qu’elle représente pour tout Haïti dépend de la conscience collective. Il ne s’agit pas seulement de sauver des terres, mais de préserver l’identité paysanne, d’assurer la sécurité alimentaire, de redonner espoir à des communautés abandonnées.
À ceux qui gouvernent aujourd’hui : un appel solennel ; a ceux qui lisent ces lignes : un devoir de mémoire, de vigilance, de solidarité. Il n’est plus temps de beaux discours il est temps d’actions concrètes. Que l’Artibonite vive, que ses champs revivent, que ses paysans retrouvent la paix ; car en abandonnant l’Artibonite, c’est Haïti tout entière que l’on sacrifie.
Vant Bef Info (VBI)
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