Haïti : à moins de 60 jours de l’échéance du 7 février, le CPT face à l’impasse de son propre mandat
Le Conseil présidentiel de transition (CPT) entre dans la dernière ligne droite d’un calendrier qui ne cesse de se rétrécir. Créé par le décret du 12 avril 2024 et encadré par l’Accord du 3 avril 2024, le CPT disposait d’un mandat strict de 21 mois pour rétablir la gouvernance, stabiliser les institutions et organiser des élections crédibles. Or, à moins de soixante jours de l’échéance du 7 février 2026, la question se pose avec insistance : que peut encore accomplir cette structure de transition alors que ses marges politiques, juridiques et sécuritaires se sont considérablement réduites ?

Port-au-Prince, le 2 décembre 2025.- L’Accord du 3 avril 2024 ne laisse aucune zone d’interprétation. Ses articles 12.1 et 13 fixent la fin du mandat au 7 février 2026, excluant toute possibilité de prolongation. Le décret du 12 avril 2024, dans son article 10, réaffirme cette limite en rappelant que la transition ne peut dépasser le cadre convenu. Le CPT doit donc préparer son retrait, assurer une transition ordonnée et ouvrir la voie à un pouvoir démocratiquement élu.

Pourtant, le discours public s’est progressivement éloigné de ce cadre. Des déclarations au sein même de la classe politique ont laissé entendre une volonté de prolonger la transition, voire de redéfinir l’échéancier, alimentant la suspicion et fragilisant la crédibilité du Conseil. Au lieu d’arbitrer et de trancher, le CPT s’est trouvé paralysé par des dissensions internes, souvent incapables de statuer sans créer de nouveaux blocages.
La Constitution de 1987 offre pourtant un mécanisme clair. Son article 149 stipule qu’en cas de vacance présidentielle, le Pouvoir exécutif revient au Conseil des ministres, dirigé par le Premier ministre, jusqu’à l’organisation d’élections. Le décret du 27 mai 2024, via son article 28.1, rappelle précisément cette disposition, confirmant qu’aucune structure parallèle ne peut prolonger son mandat au-delà des limites fixées.
Mais cette solution constitutionnelle, qui aurait pu servir de boussole à la transition, a été éclipsée au profit de calculs politiques. Le CPT, loin de préparer la passation, s’est enfermé dans une logique où sa propre survie institutionnelle semble avoir primé sur l’exigence de clarté.
Une sécurité hors de contrôle, un calendrier électoral théorique
Alors même que le gouvernement affirme avoir renforcé ses capacités opérationnelles, la sécurité demeure le principal obstacle. Les groupes armés maintiennent leur pression sur la capitale et plusieurs corridors stratégiques, compromettant la mise en œuvre du décret électoral publié le 1er décembre 2025. Sans stabilisation réelle du territoire, aucun processus électoral ne peut être crédible.
Le défi est désormais double : restaurer une sécurité minimale et respecter un calendrier déjà extrêmement serré, tout en garantissant la légalité de la transition.
En moins de deux mois, le CPT et le gouvernement devront choisir entre appliquer strictement l’échéancier prévu ou persister dans un flou institutionnel qui mettrait en péril la continuité de l’État. La transition, déjà mise à rude épreuve, joue sa légitimité sur sa capacité à respecter les textes qui l’ont créée.
Le pays attend des décisions fermes, non des manœuvres qui prolongent l’incertitude. Haïti ne peut se permettre une nouvelle zone grise constitutionnelle alors qu’elle fait face à une crise sécuritaire, humanitaire et institutionnelle sans précédent.
Mederson Alcindor
Vant Bèf Info (VBI)
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