Haïti en péril : l’OIF lance un cri d’alarme face à l’escalade des gangs et à l’urgence humanitaire

Port-au-Prince est désormais en grande partie sous le contrôle des gangs. Plus d’un million de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer, tandis que les violences sexuelles explosent, affectant principalement les femmes et les enfants. Dans une tribune publiée le 5 octobre dans Le Monde, Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), appelle à une réponse internationale urgente pour éviter un effondrement humanitaire total en Haïti.

Port-au-Prince, 8 octobre 2025 — « Ce sont non seulement les droits fondamentaux qui sont menacés, mais aussi la stabilité régionale », alerte-t-elle.

Une crise sans précédent

Face à une crise multidimensionnelle qui menace l’existence même de l’État haïtien, la cheffe de l’OIF exhorte la communauté internationale à sortir de son inertie. Elle qualifie la situation d’« insoutenable » : contrôle croissant des gangs sur des quartiers entiers de la capitale, déplacements massifs de population, recrudescence des violences — notamment sexuelles — et effondrement des services essentiels.

Chiffres alarmants et réalité de terrain

Les données officielles dressent un tableau dramatique :

1,3 million de déplacés internes, fuyant les exactions des groupes armés.

85 à 90 % de Port-au-Prince seraient désormais sous influence directe ou indirecte des gangs, selon certaines estimations.

Près de 4 000 femmes et filles ont porté plainte pour violences sexuelles entre janvier et octobre 2024.

Les violences sexuelles sur mineurs ont augmenté de près de 1 000 % en un an.

La police nationale haïtienne (PNH) et la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) sont également ciblées. En mars 2025, un policier kényan engagé dans la MMAS a disparu à la suite d’une attaque, illustrant l’extrême dangerosité de la situation.

L’appel de l’OIF : des mesures concrètes attendues

Dans un communiqué en date du 25 mars 2025, Louise Mushikiwabo exprime sa « profonde émotion » face à l’aggravation de la crise. Elle formule plusieurs demandes clés :

Une mobilisation internationale conjointe pour restaurer la sécurité dans les zones dominées par les gangs.

Un soutien renforcé à la PNH et aux institutions nationales.

Des mesures de protection spécifiques pour les civils, notamment femmes et enfants : assistance psychosociale, médicale et juridique.

Le rétablissement urgent des services de base : santé, eau, alimentation.

Au-delà d’Haïti : une menace régionale

La crise haïtienne dépasse désormais les frontières nationales. Elle engendre tensions migratoires, risques sanitaires croissants, et instabilité dans la région. Pourtant, plusieurs obstacles majeurs freinent les efforts :

Insécurité généralisée, qui entrave l’accès des humanitaires.

Stigmatisation des victimes, menant à un sous-signalement des cas de violence.

Fragilité de l’État, miné par la corruption, l’effondrement des institutions et le manque de ressources.

Une mobilisation indispensable

Haïti se trouve à un tournant critique. L’appel de l’OIF ne se limite pas à une dénonciation : il réclame une mobilisation internationale coordonnée, capable de répondre à l’urgence humanitaire tout en posant les bases d’une stabilisation durable.

« Il ne s’agit plus de sauver seulement des vies, mais de préserver la dignité humaine, la paix et l’avenir d’un peuple », conclut Louise Mushikiwabo.

Espérancia JEANNOT
Vant Bèf Info (VBI)


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