Édito | Haïti, un peuple condamné à l’exil par ses élites
Chaque semaine, des embarcations frêles quittent les côtes haïtiennes. Destination : Porto Rico, la Floride, parfois le Mexique. Derrière ces traversées désespérées, il n’y a ni aventure ni choix délibéré, mais un constat accablant : les Haïtiens fuient parce que leur pays les abandonne.

Selon les chiffres du CBP, plus de la moitié des migrants interceptés au premier semestre 2025 tentaient d’entrer aux États-Unis par la mer. Des routes qui comptent parmi les plus mortelles au monde. L’OIM parle de plus de 11 000 vies perdues en une décennie sur les chemins migratoires des Amériques. Chaque noyade, chaque disparition, n’est pas seulement une statistique : c’est l’échec répété d’un État incapable de protéger ses citoyens.
Car il faut le dire sans détour : les responsables haïtiens portent une lourde part de responsabilité dans cet exode. Corruption endémique, absence de leadership, complicité face aux gangs, incapacité à garantir des conditions de vie minimales… Ce sont ces choix politiques, ou plutôt cette accumulation de non-choix, qui poussent un peuple entier vers la mer et la mort.
Mais l’indifférence internationale n’est pas moins coupable. Les grandes puissances comptent les arrestations, financent des murs ou des garde-côtes, mais ferment les yeux sur les causes profondes de la fuite : pauvreté extrême, insécurité permanente, absence d’État. On contrôle les migrants, mais on ne combat pas ce qui les fait fuir.
L’exode haïtien n’est pas un drame isolé : c’est une alerte. Tant que la communauté internationale se contentera de « gérer les flux » au lieu d’exiger des réformes structurelles en Haïti, les barques continueront de quitter nos côtes, chargées de désespoir et de cadavres annoncés.
Haïti se vide de sa jeunesse et de ses forces vives. Et pendant que les dirigeants accumulent privilèges et promesses creuses, le peuple, lui, n’a plus qu’une issue : l’océan, au péril de sa vie.
Yves MANUEL
Vant Bèf Info ( VBI)
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