Quand les opérations ne suffisent plus àdissuader les gangs

UTAG, mission multinationale conduite par le
Kenya, Task Force, drones explosifs, Force de Répression des Gangs… ces
dernières années, le pays a multiplié les dispositifs pour tenter de reprendre
l’initiative face aux groupes armés. Des opérations ont été menées, des
combattants neutralisés, certains axes rouverts et quelques positions
récupérées. Pourtant, le constat reste préoccupant et décourage. Les gangs
conservent une forte capacité de nuisance, déplacent leurs fronts et continuent
de pousser des milliers de citoyens sur les routes de l’exode intérieur.

Les forces de l’ordre haïtiennes n’ont pas été
inactives. Elles évoluent dans des conditions particulièrement difficiles, face
à des groupes lourdement armés, mobiles et disposant d’importantes ressources.
Des unités spécialisées ont été créées, des appuis internationaux mobilisés et
de nouveaux moyens technologiques engagés.

Ces efforts ont produit des résultats
ponctuels. Mais ils n’ont pas encore permis d’inverser durablement le rapport
de force. À Kenscoff, les groupes armés continuent d’exercer une forte pression
malgré les différentes opérations conduites. Dans l’Artibonite, plusieurs zones
demeurent sous influence de gangs qui perturbent la circulation, l’agriculture
et l’activité économique. À Croix-des-Bouquets et dans la Plaine du Cul-de-Sac,
malgré les interventions et les frappes, des groupes armés conservent encore une
importante emprise territoriale.

C’est là que se trouve la principale limite
des actions entreprises : frapper ne suffit pas si l’on ne peut pas tenir le
terrain.
Une opération peut repousser un gang, un drone peut neutraliser
des combattants et une unité spécialisée peut reprendre une position. Mais si
les forces de sécurité ne peuvent pas s’installer durablement, sécuriser les
routes et permettre le retour des services publics, les groupes armés finissent
par se réorganiser.

Pendant ce temps, la population paie le prix
fort. Chaque nouvelle offensive entraîne son cortège de familles déplacées,
d’enfants éloignés de leur école, de commerces abandonnés et de quartiers
progressivement vidés de leurs habitants. Certaines familles, après avoir fui
une première zone, doivent de nouveau partir lorsque l’insécurité les rattrape.

C’est peut-être l’indicateur le plus brutal de
la situation : lorsque l’État avance réellement, les citoyens reviennent ;
lorsque les gangs avancent, les citoyens fuient.
Et depuis plusieurs
années, trop d’Haïtiens continuent de fuir. La question n’est donc plus de
savoir si les forces de l’ordre se battent. Elles se battent. La véritable
question est de savoir si les moyens, la coordination et la stratégie
permettent de transformer des succès tactiques en reconquête durable. Neutraliser
des membres de gangs est nécessaire, mais cela ne suffira pas si leurs réseaux
de financement restent actifs, si les armes et les munitions continuent de
circuler et si les territoires repris ne sont pas immédiatement occupés et
administrés par l’État.

Après les unités spécialisées, la mission
kényane, les drones et maintenant la Force de répression des gangs, Haïti doit
aller au-delà de la succession des formules. Le véritable succès ne se mesurera
pas seulement au nombre de gangsters neutralisés ou d’opérations annoncées. Il
se mesurera au nombre de quartiers où les habitants pourront rentrer chez eux,
au nombre de routes rendues à la libre circulation, au nombre d’écoles capables
de rouvrir et, surtout, au nombre de familles qui pourront enfin cesser de
fuir. **Car la bataille ne consiste pas seulement à frapper les gangs. Elle
consiste à reprendre le territoire et à y ramener durablement l’État.

Vant Bef Info (VBI)


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