Insécurité, tensions mondiales, migration : les freins qui entravent la relance économique, selon la BRH
Si les principaux indicateurs monétaires affichent des signes d’amélioration, l’économie haïtienne demeure confrontée à des obstacles majeurs qui compromettent toute perspective de reprise durable. C’est le constat dressé par le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH). Ronald Gabriel a présenté récemment un état des lieux de la conjoncture économique en insistant sur les défis sécuritaires et les incertitudes internationales.

Port-au-Prince, 26 juillet 2026.- Au cours d’une conférence de presse consacrée à l’évolution de la situation macroéconomique du pays, le gouverneur a souligné que les efforts déployés par la Banque centrale commencent à produire des résultats tangibles. L’inflation poursuit sa trajectoire baissière, tandis que le taux de change de la gourde affiche une stabilité relative, deux indicateurs que la BRH considère comme essentiels pour restaurer progressivement la confiance dans l’économie.
Ces avancées, a-t-il toutefois prévenu, ne suffisent pas à remettre le pays sur le chemin de la croissance.
Une économie freinée par l’insécurité
Pour Ronald Gabriel, l’insécurité demeure aujourd’hui le principal obstacle au redressement économique d’Haïti. La persistance des violences armées continue de perturber le fonctionnement de nombreux secteurs d’activité, fragilisant un tissu économique déjà éprouvé.
Dans plusieurs régions, les difficultés d’accès aux zones de production, les interruptions des circuits d’approvisionnement, l’augmentation des coûts de transport et les risques liés aux déplacements freinent les activités commerciales et industrielles. De nombreuses entreprises réduisent leurs opérations, reportent leurs projets d’expansion ou renoncent à investir dans un environnement devenu particulièrement incertain.
Cette situation affecte également la consommation des ménages, ralentit les échanges commerciaux et pèse sur les recettes de l’État, limitant davantage les capacités de relance économique. Selon les prévisions évoquées par la Banque centrale, l’économie haïtienne devrait d’ailleurs enregistrer une nouvelle contraction au terme de l’exercice fiscal en cours, malgré les progrès observés sur le front monétaire.
Des risques internationaux qui accentuent la vulnérabilité du pays
Au-delà des difficultés internes, le gouverneur de la BRH a également attiré l’attention sur un contexte international toujours instable. Les tensions géopolitiques qui affectent plusieurs régions du monde, les perturbations persistantes des marchés internationaux ainsi que les fluctuations des prix de certaines matières premières continuent d’exercer des pressions sur les économies importatrices comme celle d’Haïti.
Ronald Gabriel a également évoqué le durcissement des politiques migratoires dans plusieurs pays partenaires. Une évolution qui pourrait, à terme, avoir des répercussions sur les transferts de fonds de la diaspora, lesquels constituent l’une des principales sources de devises pour le pays et un soutien essentiel à des milliers de familles haïtiennes.
Pour une économie fortement dépendante des importations et des envois de fonds provenant de l’étranger, ces facteurs représentent autant de risques susceptibles de ralentir davantage la reprise.
Une politique monétaire placée sous le signe de la prudence
Face à cet environnement complexe, la Banque centrale entend maintenir une politique monétaire prudente afin de préserver les équilibres macroéconomiques progressivement retrouvés.
Le gouverneur a réaffirmé que les priorités de la BRH demeurent la maîtrise de l’inflation, la préservation de la stabilité du taux de change, la protection des réserves internationales ainsi que le renforcement de la solidité du système financier. Pour l’institution, ces objectifs constituent des conditions indispensables pour préserver la confiance des acteurs économiques et limiter l’impact des chocs internes comme externes.
Le message de la Banque centrale est ainsi sans équivoque : si les indicateurs monétaires évoluent dans une direction encourageante, la relance économique ne pourra véritablement s’amorcer qu’à la faveur d’une amélioration durable de la sécurité et d’un environnement plus favorable à la production, aux investissements et aux échanges. En d’autres termes, la stabilité financière peut créer les conditions de la reprise, mais elle ne saurait, à elle seule, remettre l’économie haïtienne sur les rails.
Came Stefada Poulard
Vant Bef Info (VBI)
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