Haïti : la sécheresse menace les récoltes dans le Sud, les paysans appellent l’État à l’aide

Plusieurs localités du Sud d’Haïti font face à une forte sécheresse depuis plusieurs mois. Le manque de pluie et la baisse des réserves d’eau compliquent les activités agricoles. Des paysans demandent l’intervention de l’État pour protéger leurs plantations et leurs récoltes.

Sud d’Haïti, le 6 septembre 2026. —La situation s’ajoute aux difficultés provoquées par l’insécurité. La circulation des personnes et des marchandises reste compliquée sur plusieurs axes. Les producteurs ont ainsi de plus en plus de difficultés à acheminer leurs récoltes vers les marchés.

L’eau devient une ressource rare

Les agriculteurs dépendent notamment des canaux d’irrigation pour alimenter leurs plantations. Mais les réserves diminuent.

Dans certaines communautés, l’eau doit être rationnée entre plusieurs exploitants. Cette situation provoque parfois des tensions.

« Avant, on pouvait attendre la pluie ou utiliser normalement l’eau du canal. Maintenant, il faut se mettre d’accord avec les autres pour savoir qui va arroser en premier », témoigne un agriculteur contacté par Vant Bèf Info (VBI).

Les conséquences sont déjà visibles dans plusieurs exploitations. Des bananiers sèchent sur pied. Des avocatiers souffrent également du manque d’eau.

« Nous avons travaillé pendant des mois. Aujourd’hui, nous voyons certaines plantes dépérir sans pouvoir faire grand-chose », déplore un autre producteur.

Pour les agriculteurs, les pertes menacent directement leurs revenus et leur capacité à subvenir aux besoins de leurs familles.

L’insécurité aggrave les difficultés des producteurs

La sécheresse n’est pas le seul problème auquel sont confrontés les agriculteurs du Sud.

L’insécurité perturbe également les circuits de commercialisation. Le transport des récoltes vers les marchés représente souvent un coût supplémentaire et un risque pour les producteurs.

Le secteur agricole doit ainsi composer avec plusieurs contraintes. Les conditions climatiques sont défavorables. Les infrastructures restent insuffisantes. L’environnement sécuritaire complique la circulation des personnes et des marchandises.

Cette combinaison fragilise davantage les producteurs ruraux.

Une menace pour la sécurité alimentaire

La situation intervient dans un contexte alimentaire déjà difficile en Haïti.

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), environ 5,8 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. Plus de 1,8 million se trouvent à des niveaux d’urgence.

Une baisse de la production agricole pourrait accentuer cette pression.

Pour les familles rurales, une récolte perdue signifie moins de nourriture et moins de revenus. Sur les marchés, une diminution de l’offre peut également entraîner une hausse des prix.

La sécheresse dans le Sud constitue donc un risque supplémentaire pour la sécurité alimentaire nationale.

La dégradation de l’environnement aggrave la vulnérabilité

La sécheresse met également en évidence la fragilité des écosystèmes haïtiens.

La déforestation a fortement dégradé plusieurs bassins versants. La coupe des arbres pour produire du charbon de bois contribue à la réduction du couvert végétal.

Avec moins d’arbres, les sols retiennent moins d’eau. Ils sont aussi davantage exposés à l’érosion.

Lorsque les pluies arrivent, une partie de l’eau ruisselle rapidement. Elle s’infiltre moins dans les sols. Pendant les périodes sèches, les réserves disponibles pour les cultures diminuent alors plus rapidement.

Le reboisement apparaît donc comme une nécessité. Mais les campagnes de plantation d’arbres ne suffisent pas.

Il faut également protéger les zones boisées, restaurer les bassins versants et proposer des alternatives économiques et énergétiques aux populations dépendantes du charbon de bois.

Les agriculteurs réclament une réponse durable

Pour les producteurs, l’État doit apporter une réponse immédiate, mais aussi préparer le secteur agricole aux prochaines périodes de sécheresse.

Ils demandent notamment l’entretien et le développement des canaux d’irrigation. Ils souhaitent également la construction de réserves d’eau, la protection des sources et l’amélioration des routes agricoles.

L’adaptation des pratiques agricoles aux nouvelles conditions climatiques apparaît également nécessaire.

Ces mesures nécessitent toutefois une politique agricole stable. Les changements institutionnels et les difficultés de financement compliquent la mise en œuvre de programmes à long terme.

Haïti doit aussi renforcer sa capacité à mobiliser les financements internationaux consacrés à l’adaptation climatique.

Ces ressources pourraient notamment financer des systèmes d’irrigation, la récupération et le stockage de l’eau, la restauration des terres dégradées et le reboisement.

« Nous voulons produire », demandent les paysans

Dans le Sud, les agriculteurs disent vouloir continuer à travailler leurs terres.

« Nous voulons produire. Mais sans eau, c’est très difficile. L’État doit nous aider à avoir des moyens pour irriguer et protéger nos plantations », demande un producteur.

Pour les paysans, l’aide ne doit pas se limiter à une intervention ponctuelle.

Ils réclament des infrastructures et des mécanismes capables de réduire leur vulnérabilité face aux sécheresses.

Dans un pays où des millions de personnes connaissent déjà l’insécurité alimentaire, protéger les producteurs revient aussi à protéger l’approvisionnement alimentaire.

La sécheresse dans le Sud d’Haïti constitue ainsi un signal d’alerte. Le manque d’eau menace les cultures, les revenus des agriculteurs et, à terme, l’approvisionnement des marchés.

Les producteurs demandent désormais des mesures concrètes. Eau, irrigation, infrastructures, sécurité et accompagnement : ils attendent une réponse durable de l’État haïtien.

Moïse François
Vant Bèf Info (VBI)


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