Élections en Haïti : le 13 décembre à l’épreuve de la sécurité et de la confiance

Le Conseil Electoral Provisoire maintient le cap sur le premier tour des élections, tandis que partis politiques, organisations de la société civile et partenaires régionaux réclament des garanties sur l’inscription des électeurs, la sécurité et la crédibilité du scrutin.

Port-au-Prince, le 28 septembre 2026.- La date est inscrite au calendrier : le 13 décembre. Les Haïtiens sont appelés à voter pour la présidentielle et les législatives, ainsi que sur les changements proposés à la Constitution. Mais à moins de trois mois du premier tour, une question domine le débat : le pays pourra-t-il offrir à chaque citoyen la possibilité de s’inscrire, de faire campagne et de voter librement, sans risquer sa vie ? Le CEP reconnaît que le respect du calendrier dépend d’un climat sécuritaire acceptable et de la disponibilité des fonds nécessaires.

Les préparatifs avancent. Dans son bilan du 21 septembre, le CEP faisait état de 1 285 centres d’inscription et de vote opérationnels et de 628 755 électeurs inscrits, soit un peu plus de 10 % de l’électorat potentiel selon son estimation. Sa plateforme recensait alors sept candidatures à la présidence, 162 au Sénat et 419 à la députation. Ces dossiers étaient encore soumis aux étapes de vérification et de contestation : les chiffres ne constituent pas une liste définitive de candidats admis.

Le nouveau président du college électoral, Peterson Pierre-Louis, installé le 24 septembre, promet un dialogue avec les partis et une conduite impartiale du processus. Le gouvernement, pour sa part, défend le retour à l’ordre constitutionnel par les urnes. Après avoir consulté plusieurs formations politiques, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a demandé au CEP de répondre à leurs préoccupations concernant les formalités d’inscription, les candidatures, la neutralité des autorités et la sécurité.

Les partis ne parlent cependant pas d’une seule voix sur la date du scrutin. Au terme de consultations menées en Haïti début septembre, le Groupe des personnalités éminentes de la CARICOM a rapporté que plusieurs formations jugeaient certaines exigences électorales trop lourdes, particulièrement le nombre de pièces à fournir et les procédures d’enregistrement. Certaines demandent leur modification, quitte à envisager un report du 13 décembre. Le parti Les Engagés pour le Développement (EDE), tout en poursuivant ses démarches, a qualifié cette échéance d’« irréaliste ».

À ces difficultés administratives s’ajoute la question de l’accès au vote. La CARICOM relève la lenteur des inscriptions, l’insuffisance des centres accessibles dans certaines zones et l’existence de territoires échappant au contrôle de l’État. Elle appelle à renforcer l’information du public et les moyens de sécurité afin que l’inscription, la campagne et le scrutin puissent se dérouler à l’échelle du pays.

La Conférence épiscopale d’Haïti formule une mise en garde plus politique. Dans un message daté du 24 septembre, les évêques affirment que le retour à l’ordre constitutionnel par les urnes est nécessaire. Ils préviennent toutefois qu’un vote organisé sans sécurité, sans neutralité des institutions de l’État et sans consensus sincère pourrait engendrer une nouvelle crise. Leur interrogation tient en une exigence concrète : permettre au citoyen d’exercer son droit de vote sans mettre sa vie en danger.

Le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH) demande, lui aussi, que les préparatifs tiennent compte des personnes déplacées et des habitants des quartiers sous l’influence des gangs. L’organisation propose une mobilisation de la société civile pour sensibiliser les électeurs et observer le scrutin, puis la mise en place d’une institution électorale permanente après les élections.

Sur le plan international, l’Organisation des États américains (OEA) promet une assistance technique au processus électoral et prépare une mission d’observation. Elle plaide parallèlement pour un renforcement des forces de sécurité. Son secrétaire général, Albert Ramdin, a néanmoins précisé qu’il ne s’était pas engagé sur la tenue du vote le 13 décembre précisément.

Le débat ne se résume donc pas à être pour ou contre les élections. Tous les regards se tournent vers les garanties que les autorités pourront apporter dans les prochaines semaines. Des électeurs effectivement inscrits, des candidats capables de faire campagne, des centres accessibles et une population protégée. C’est sur ces résultats, autant que sur le respect d’une date, que se jouera la crédibilité du scrutin.

Wandy CHARLES
Vant Bef Info (VBI)


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