CARLŌ au MTELUS : le retour d’un Homme

MTELUS, Montréal · 2 mai 2026 ·

Par Gandhi LeMétronome Dorsonne

Quand la salle chauffe avant l’artiste
La soirée commence avant la musique et ça, ça compte. Portes ouvertes à 18h30, DJ Starkzz est déjà là, aux platines, jonglant entre compas, méringue carnalesque et hits hip-hop. Une heure annoncée à 19h30, puis repoussée à 20h30… CARLŌ finit par apparaître vers 21h45. Le temps d’attente aurait pu tuer l’ambiance. Il ne l’a pas fait. Le public a observé, puis s’est laissé porter.

Les premières 60 minutes, Carlo installe son univers. Pas de nostalgie immédiate, pas de clin d’œil facile au passé, il impose le présent. Premye Chwa, qui selon plus d’un est l’une des chansons phares de l’album, devient rapidement un point d’ancrage : les gens chantent, reconnaissent, s’impliquent. C’est là que j’ai compris ce qu’il cherchait. Il ne vient pas chercher l’approbation. Il propose une direction. Ce n’est pas pareil.

Les invités comme miroir d’un album vivant
Marvin arrive en premier. Star africaine, il est présent sur l’album avec Tout Pour Toi, et il a fait le déplacement depuis l’Europe pour être là ce soir. Ce genre de détail ne passe pas inaperçu. Il défend ses titres avec aplomb, et l’espace s’élargit. Puis Carlo enchaîne un medley de morceaux qu’il a lui-même écrits pour les albums de Carimi. C’est son accueil à son ancien compère Mickael Guirand, sur son propre terrain, avec ses propres mots, à travers le classique Chagrin Criminel. Guirand entre et la salle décolle. Ensemble, ils livrent Ill Yayad et le feu prend pour de vrai. Puis Carlo prend le temps de rendre hommage au feu Mikaben, celui qui, selon ses propres mots, l’avait encouragé à rester dans la musique. Ce lien entre eux était réel, profond. Dans une salle en ébullition, ce moment de recueillement m’a touché. C’est rare. C’est humain.

Paska, ou l’art de tout faire en même temps
Carlo amène ensuite Paska sur scène avec Siwo, ce titre que beaucoup considèrent comme le hit de l’album, et la salle le confirme sans hésiter. Mais Paska n’en reste pas là. Il enchaîne avec ses propres titres, Bena, Boye, accompagné de danseurs qui lui collent à la peau avec une précision déconcertante. À un moment, je me suis sincèrement demandé si Paska était interprète ou danseur, tant sa synchronisation avec eux relevait d’une autre dimension. Et c’est justement ce qui le rend fascinant à regarder. Interprète, compositeur, producteur sur l’album Retounen : il maîtrise, et il le fait avec une élégance qui force le respect.

Il faut aussi rendre à César ce qui lui appartient. Grégory, ancien bassiste reconverti à l’ingénierie du son, a fait un travail remarquable. Une salle comme le MTELUS peut vite devenir ingrate acoustiquement, mais chaque titre est passé avec clarté et puissance. Les danseurs, eux, ont porté le show autant qu’ils l’ont accompagné, apportant une énergie visuelle constante qui a maintenu l’attention même dans les moments les plus calmes. Et les jeux de lumière ont su suivre les intentions de la musique, ni trop, ni trop peu. Une production qui mérite d’être saluée.

Un show solide, une carrière qui commence
Entre 1800 et 2000 personnes. Un public globalement satisfait, mais je vais être honnête, pas unanime non plus. J’ai entendu des gens trouver la soirée longue. D’autres auraient voulu plus de familier dans la setlist principale. Ce sont des critiques légitimes. L’album CARLŌ, sorti en novembre 2025, compte 13 titres, un catalogue solo encore jeune, qui ne peut pas encore nourrir deux heures de scène avec les mêmes réflexes que Carimi. Et c’est là le vrai enjeu. On notera d’ailleurs l’absence ce soir de Lynnsha, Shabba et J Perry, pourtant présents sur l’album, des invités qui, la prochaine fois, pourraient changer la donne.

Mais voilà ce que je retiens : Carlo Vieux n’a pas choisi ce silence pour disparaître, il a choisi de se retrouver. Ce show n’était pas un aboutissement, c’était une déclaration d’intention. Un premier essai en tant que frontman, avec ce que ça implique de risques et d’apprentissages. Cette tournée s’inscrit dans la continuité de l’album CARLŌ, sorti en novembre 2025, et marque une étape importante dans sa carrière alors qu’il remonte sur scène en solo après plusieurs années d’activités en groupe et en collaboration. Le potentiel est là, visible, palpable. Le travail, lui, continue. Parce qu’un bon album doit vivre au-delà de la scène. Il doit s’installer dans les tympans avant de prétendre remplir les salles.

Ce soir, Carlo Vieux n’a pas tout gagné. Mais il a ouvert quelque chose. Et avant de quitter le MTELUS, il nous a rappelé une chose essentielle, celle qui donne son sens véritable à toute cette aventure. Dès son entrée sur scène, il a pris le temps de raconter comment tout a commencé, son parcours, ses racines, avant que sa famille n’apparaisse sur l’écran du fond comme une introduction silencieuse mais éloquente. Sur scène, dans sa tenue, dans sa posture, dans la façon dont il a tenu l’espace, Carlo Vieux nous a présenté un Homme, avec grand H. Pas seulement dans la musique, mais dans la manière d’être. Et ça, ça ne s’improvise pas en une soirée. Ça se vit. Et ce soir-là, on l’a vécu.

Gandhi LeMétronome Dorsonne
The G Spot Ayiti · Mai 2026
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