Haïti : les violences basées sur le genre explosent, des organisations humanitaires renforcent leur réponse
Les violences armées continuent de bouleverser la vie de milliers de familles en Haïti, particulièrement dans le département de l’Ouest, où plusieurs quartiers restent sous le contrôle de gangs. Les femmes et les enfants figurent parmi les principales victimes de cette crise, marquée par les violences sexuelles, les déplacements forcés et la précarité des conditions de vie. Face à cette situation, les organisations humanitaires renforcent leur accompagnement, tandis que la prévention des violences basées sur le genre demeure un défi majeur.

Port-au-Prince, le 19 octobre 2026.-
L’insécurité provoquée par les gangs armés ne se limite pas aux affrontements et aux pertes en vies humaines. Elle bouleverse également les conditions de vie des familles, contraint des milliers de personnes à abandonner leur domicile et expose les populations déplacées à de nouvelles formes de violence. Dans le département de l’Ouest, notamment dans les zones contrôlées par les groupes armés, les femmes et les enfants font face à des risques accrus de violences physiques, psychologiques et sexuelles.
Les conséquences de cette crise se manifestent aussi dans les lieux d’hébergement des personnes déplacées. De nombreuses familles trouvent refuge dans des écoles, des bâtiments publics ou des sites improvisés où le manque d’intimité, l’insuffisance des installations sanitaires et les difficultés d’accès aux services essentiels aggravent leur vulnérabilité. Dans ces conditions, les femmes et les filles peuvent être davantage exposées au harcèlement, aux agressions sexuelles et à l’exploitation.
Le 19 octobre 2026, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, Carlos Ruiz Massieu, représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies, a dressé un constat préoccupant de la situation humanitaire en Haïti. Selon lui, la reprise de l’insécurité a provoqué le déplacement de plus de 17 000 personnes au cours des trois derniers mois. Le nombre total de personnes déplacées à l’intérieur du pays avoisine désormais 1,5 million, dont plus de 740 000 enfants.
Cette situation intervient alors que les besoins humanitaires continuent d’augmenter. L’économie haïtienne devrait enregistrer une septième année consécutive de contraction en 2026, tandis que moins de la moitié du Plan de réponse humanitaire pour l’année en cours a été financée, selon le représentant spécial. Le manque de ressources limite ainsi la capacité des acteurs humanitaires à répondre aux besoins des familles privées de logement, de nourriture et de protection.
Au-delà des blessures physiques provoquées par les violences armées, les victimes subissent également des traumatismes psychologiques. Les femmes et les filles victimes de viols ou d’autres agressions sexuelles doivent souvent affronter la peur, la stigmatisation et les difficultés d’accès aux soins. Pour les familles déplacées, la perte du domicile et des moyens de subsistance complique davantage la reconstruction de leur vie.
Les femmes particulièrement exposées aux violences basées sur le genre
Dans les quartiers précaires et les zones contrôlées par les gangs, les violences basées sur le genre prennent plusieurs formes. Elles comprennent notamment les violences physiques, les agressions sexuelles, les viols, les violences psychologiques, les menaces, le harcèlement et les violences économiques. Ces dernières peuvent se manifester par la privation de ressources financières, le contrôle des revenus ou la dépendance économique imposée à une victime.
Fritznel Pierre, directeur exécutif de l’organisation de défense des droits humains Combite pour la paix et le développement, dans une interview accordée à la rédaction de Vant Bèf Info (VBI) souligne la fréquence de certaines de ces violences dans les milieux précaires. « Dans les milieux précaires, on relève que les violences psychologiques, sexuelles et économiques sont les plus fréquentes », explique-t-il. Il constate également une hausse des situations d’exploitation et d’abus sexuels, particulièrement dans les quartiers contrôlés par les gangs.
Selon ce responsable, les femmes sont particulièrement vulnérables en raison des discriminations et des stéréotypes de genre, mais aussi des rapports de force inégaux entre les hommes et les femmes. La dépendance financière, la peur des représailles et l’absence de mécanismes de protection accessibles peuvent empêcher certaines victimes de dénoncer les agressions ou de rechercher une assistance.
La prévention des violences basées sur le genre ne peut toutefois reposer uniquement sur les femmes. Elle nécessite également l’implication des hommes et des garçons, notamment dans les familles, les écoles et les communautés. Il s’agit de remettre en question les comportements qui banalisent la domination masculine, le contrôle du corps des femmes et l’utilisation de la violence pour imposer son autorité.
Pour le Dr Michaud Margel Lesly, directeur national de World Vision Haïti, qui a aussi répondu à la rédaction, la sensibilisation doit commencer par une prise de conscience des stéréotypes. À l’école, les messages éducatifs doivent favoriser le respect mutuel entre les filles et les garçons, plutôt que de les enfermer dans des groupes séparés. L’objectif est de leur apprendre à se connaître, à développer des relations fondées sur l’amitié, la compréhension et le partage, tout en reconnaissant leurs différences.
Le responsable de World Vision insiste également sur l’éducation aux usages des réseaux sociaux. Les jeunes ont accès à une grande quantité de contenus, notamment pornographiques, susceptibles de véhiculer des représentations déformées de la sexualité et de la masculinité. Un encadrement adapté doit donc leur apprendre le respect du consentement, les limites à ne pas franchir et les comportements responsables dans leurs relations avec les autres.
Les organisations humanitaires renforcent l’assistance aux victimes
Face à l’ampleur des besoins, les organisations humanitaires mettent en place différentes formes d’accompagnement pour aider les personnes déplacées et les victimes de violences sexuelles à retrouver une certaine stabilité. Cette assistance ne se limite pas à la distribution de produits essentiels. Elle comprend également un soutien psychosocial, des soins de santé, une aide financière et des activités destinées à favoriser l’autonomie économique.
World Vision Haïti travaille avec plusieurs organisations partenaires, dont FOSREF, Food for the Hungry et la Fondation TOYA, dans le cadre d’un projet financé par Affaires mondiales Canada. Selon les données communiquées par l’organisation, ce programme a apporté un soutien à 4 760 personnes déplacées vivant dans des sites d’hébergement, réparties dans 911 familles. Chaque famille bénéficiaire a reçu une aide financière de 536 dollars américains.
Les familles dirigées par des femmes, celles comptant des personnes âgées de plus de 65 ans et celles comprenant des personnes handicapées figurent parmi les bénéficiaires ciblés. En complément de l’aide financière, le programme prévoit une assistance alimentaire, des soins de santé pour les mères et les enfants, le dépistage de certaines maladies ainsi que des séances de sensibilisation à l’hygiène, notamment au lavage des mains.
L’accompagnement psychosocial occupe également une place importante dans la prise en charge des victimes. « La personne a besoin de ce soutien pour pouvoir avoir quelqu’un à qui parler, quelqu’un à qui elle peut se confier », explique le Dr Michaud Margel Lesly. Les groupes de soutien permettent aux victimes de rencontrer d’autres personnes ayant vécu des expériences similaires et de réduire leur sentiment d’isolement.
Le directeur national de World Vision Haïti indique que plus de 4 760 personnes ont bénéficié d’un suivi psychosocial . L’organisation facilite également l’orientation des victimes vers des structures de santé lorsque leur situation nécessite une prise en charge médicale.
Pour aider les bénéficiaires à reconstruire leur vie, World Vision propose aussi des formations en gestion de petites entreprises et un accompagnement vers des activités génératrices de revenus. Cette approche vise à réduire la dépendance économique et à permettre aux personnes concernées de satisfaire leurs besoins essentiels.
Malgré la fragilité de la situation sur le terrain, ces interventions offrent un soutien concret aux familles déplacées et aux personnes confrontées aux violences. Elles rappellent toutefois que l’assistance humanitaire doit s’accompagner de mesures durables de prévention, de protection et de prise en charge des victimes.
Pour prévenir les violences basées sur le genre en Haïti, les autorités et les organisations doivent renforcer les mécanismes de protection, faciliter l’accès confidentiel aux soins et à la justice et améliorer la sécurité dans les sites accueillant les personnes déplacées.
L’éducation au respect, au consentement et à l’égalité entre les femmes et les hommes doit commencer dès l’enfance, avec une participation active des garçons et des hommes, a commenté le Dr Michaud Margel Lesly. Enfin, un financement humanitaire suffisant et un accompagnement psychosocial et économique durable sont indispensables pour protéger les victimes, prévenir de nouvelles agressions et favoriser leur reconstruction.
Uguenson Auguste
Vant Bèf Info (VBI)
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