PNH, FAd’H, BSAP, mercenaires, brigadiers et FRG : pourquoi (6) forces ne parviennent-elles toujours pas à débloquer au moins l’une des routes nationales ?
Port-au-Prince, 18 septembre 2026. — Police nationale d’Haïti (PNH), Forces armées d’Haïti (FAd’H), Brigade de sécurité des aires protégées (BSAP), mercenaires, brigadiers et Force de répression des gangs (FRG). Depuis 2021, les acteurs engagés dans la lutte contre les groupes armés se sont multipliés, tout comme les moyens consacrés aux opérations de sécurité. Pourtant, plusieurs tronçons des routes nationales restent bloqués par des groupes armés, empêchant la circulation normale entre Port-au-Prince et plusieurs départements.

Les routes nationales 1, 2 et 3 figurent parmi les principaux axes concernés. Sur plusieurs tronçons, les groupes armés imposent leur présence, contrôlent les passages et perturbent la circulation des personnes et des marchandises. Le constat contraste avec la multiplication des forces engagées dans la réponse sécuritaire et les ressources mobilisées depuis plusieurs années.
Une route bloquée, toute une économie ralentie
Une route nationale constitue un lien essentiel entre les zones de production et les marchés. Lorsqu’un tronçon est bloqué, les conséquences dépassent immédiatement le secteur du transport. Le paysan qui vient de récolter son maïs, ses haricots, ses bananes ou ses légumes doit pouvoir trouver un acheteur et transporter sa production. Si le camion ne vient pas, si la « madan sara » ne peut pas se déplacer ou si le transporteur réclame davantage pour emprunter l’itinéraire, la marchandise peut rester sur place, être vendue à perte ou arriver plus tard sur les marchés.
L’insécurité perturbe ainsi toute une chaîne économique, du producteur au consommateur. Les commerçantes qui assurent le lien entre les zones de production et les marchés doivent composer avec les risques liés aux déplacements. Les transporteurs, eux, intègrent les risques et les coûts supplémentaires dans leurs tarifs.
Au bout de cette chaîne, c’est le consommateur qui supporte une partie de la facture. Les détours, les prélèvements imposés sur certains axes, les risques encourus par les transporteurs et les difficultés d’approvisionnement peuvent contribuer à augmenter le prix des marchandises.
Six forces, mais pas de contrôle durable
La PNH dispose de ses unités régulières et spécialisées. Les FAd’H ont progressivement repris une place dans les opérations de sécurité. Des brigadiers et groupes d’autodéfense se sont constitués dans plusieurs zones. Des task forces ont également été mobilisées, tandis que des mercenaires et des contractants privés ont été engagés dans certaines opérations. À cela s’ajoute la FRG, force multinationale autorisée par le Conseil de sécurité des Nations unies. La BSAP s’est également retrouvée impliquée dans des initiatives sécuritaires.
Pourtant, la multiplication de ces acteurs ne s’est pas traduite par la reprise durable des principaux corridors. Une opération peut permettre de repousser des groupes armés ou de retirer des barricades, sans garantir que le terrain restera sous contrôle de l’État. Le véritable enjeu est de maintenir une présence suffisante après les opérations afin d’empêcher les groupes armés de reprendre leurs positions.
Cette difficulté est renforcée par la diversité des acteurs engagés. Ils n’ont pas nécessairement les mêmes missions, les mêmes moyens ni les mêmes chaînes de commandement. La présence de plusieurs forces sur un même territoire ne signifie donc pas automatiquement qu’un corridor est effectivement contrôlé par l’État.
Les routes, un enjeu de pouvoir et de revenus
Pour les groupes armés, le contrôle d’un axe routier représente davantage qu’une position stratégique. Il permet de contrôler les déplacements et d’exercer une pression sur les transporteurs et les commerçants. Les prélèvements imposés sur certains corridors constituent également une source de revenus.
Le contrôle des routes devient ainsi un moyen de maintenir une emprise territoriale tout en tirant profit de la circulation des marchandises. Tant que les groupes armés peuvent décider qui passe, dans quelles conditions et à quel coût, l’autorité de l’État reste limitée sur ces corridors.
Des moyens importants, mais un résultat difficile à mesurer
Les crédits alloués à la PNH ont fortement augmenté au cours des dernières années. Les FAd’H bénéficient également de ressources destinées à leur fonctionnement et à leurs investissements. À ces crédits s’ajoutent les dépenses liées aux équipements, aux véhicules, aux opérations et aux différents dispositifs de sécurité, ainsi que le recours à des contractants privés.
La question n’est donc pas uniquement celle des moyens disponibles, mais celle de leur traduction concrète sur le terrain. Après plusieurs années d’opérations, des axes essentiels restent bloqués ou contrôlés par les groupes armés. Le décalage entre les ressources mobilisées et le contrôle effectif des corridors demeure ainsi un élément central du problème sécuritaire haïtien.
Le véritable bilan se trouve sur les routes
L’insécurité ne se mesure pas seulement au nombre de personnes tuées, blessées ou déplacées. Elle se mesure également à la capacité des citoyens à circuler, des agriculteurs à vendre leurs récoltes, des commerçantes à rejoindre les zones de production et des transporteurs à relier les départements.
Depuis 2021, les opérations et les dispositifs sécuritaires se sont succédé. Pourtant, plusieurs tronçons des principales routes nationales restent hors du contrôle effectif de l’État. La capacité à reprendre ces corridors et surtout à les conserver apparaît donc comme l’un des principaux défis de la réponse sécuritaire.
À l’approche des échéances électorales annoncées pour décembre 2026, cette situation prend une importance supplémentaire. La circulation des candidats, des électeurs, des observateurs et du matériel électoral dépendra également de la sécurisation des principaux axes reliant la capitale aux autres régions.
Six forces mobilisées, des moyens importants consacrés à la sécurité, mais des routes nationales toujours bloquées : sur le terrain, c’est cette contradiction qui résume une partie des difficultés de l’État haïtien à reprendre durablement le contrôle de son territoire.
Moïse François
Vant Bèf Info (VBI)s
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