Charlot Jaquelin : 40 ans après sa disparition, sa fondation appelle à un front commun contre la banalisation de la vie

Quarante ans après la disparition de Charlot Jacquelin, la Fondation qui porte son nom appelle à une prise de conscience nationale face à la dégradation de la situation du pays, marquée notamment par l’insécurité, les enlèvements et ce qu’elle considère comme une banalisation progressive de la violence.

Port-au-Prince, 19 septembre 2026

Dans une note de presse publiée à l’occasion de cette commémoration, la Fondation Charlot Jacquelin revient sur les circonstances de la disparition du jeune moniteur de 32 ans du programme d’alphabétisation Misyon Alfa, arrêté à son domicile à Cité Soleil le 19 septembre 1986 avant d’être exécuté et jeté dans une fosse.

Selon la Fondation, cette disparition avait alors suscité une importante vague d’indignation et provoqué une solidarité nationale et populaire autour de la lutte contre l’impunité.

Une société confrontée à une « tolérance de l’intolérable »

Quatre décennies plus tard, l’organisation estime que le pays s’est progressivement habitué à des situations autrefois considérées comme inacceptables. Elle déplore notamment l’affaiblissement du secteur démocratique et de certaines forces sociales qui, selon elle, ne parviennent plus à jouer pleinement leur rôle.

La Fondation critique également ce qu’elle décrit comme une forme d’impuissance collective face à la multiplication des violences. Elle estime que les discours politiques et les personnalités publiques peinent à susciter l’espoir nécessaire dans la population.

Cette situation, poursuit la note, aurait particulièrement affecté les jeunes générations, désormais confrontées aux conséquences de l’insécurité et de l’instabilité. La Fondation dénonce ainsi un cycle dans lequel certaines victimes peuvent, à leur tour, être entraînées dans des comportements violents.

Des enlèvements devenus une réalité quotidienne

La Fondation Charlot Jacquelin attire également l’attention sur la multiplication des enlèvements. Elle cite notamment le cas de cinq écoliers qui auraient été kidnappés le 18 septembre, avant d’être retenus contre rançon.

Pour l’organisation, ces événements illustrent la gravité d’une situation dans laquelle les citoyens, toutes catégories sociales confondues, sont exposés à la violence.

Elle regrette surtout ce qu’elle considère comme une accoutumance collective à l’horreur : « Nous consommons l’horreur, puis nous passons à autre chose », dénonce-t-elle dans sa note.

Appel à reconstruire les fondations morales et politiques du pays

La Fondation reconnaît que les dérives actuelles trouvent également leurs racines dans le passé, mais estime que l’avenir demeure préoccupant si une prise de conscience collective ne s’opère pas.

Elle appelle ainsi à une mobilisation plus profonde des différents acteurs de la société afin de défendre les intérêts fondamentaux de la population haïtienne.

À l’occasion du 40e anniversaire de la disparition de Charlot Jacquelin, la Fondation affirme vouloir transformer cette commémoration en un moment de réflexion sur l’avenir du pays. Elle plaide pour une reconstruction des « fondations morales et politiques » d’Haïti et met en garde contre une reconstruction nationale basée sur l’indifférence, la division et l’oubli.

« Commemorer le quarantième anniversaire de la disparition de Charlot Jacquelin, c’est refuser cette fatalité », soutient la Fondation, qui appelle à un sursaut national face à la dégradation de la situation du pays.

Jean Gilles Désinord
Vant Bèf Info (VBI)


Discover more from Vant Bèf Info (VBI)

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *