Résidents en pharmacie : plusieurs mois de travail sans paiement, un cri d’alarme lancé aux autorités
À quelques semaines de la clôture de l’exercice fiscal, des résidents en pharmacie tirent la sonnette d’alarme sur leur situation financière. Affectés dans plusieurs établissements hospitaliers du pays, ces jeunes professionnels affirment travailler depuis plusieurs mois sans percevoir les frais qu’ils estiment leur être dus par l’État haïtien.

Port-au-Prince, 11 septembre 2026. Dans une entrevue accordée à notre rédaction ce vendredi 11 septembre, Wildlin ETIENNE, résident en pharmacie, a dénoncé les difficultés rencontrées par les professionnels engagés dans le programme de résidence. Selon lui, ces difficultés sont particulièrement importantes pour ceux qui sont affectés loin de leur département d’origine.
Les problèmes ne concernent toutefois pas uniquement les retards de paiement. Certains résidents doivent également assumer des dépenses liées au logement, à l’alimentation et au transport, sans disposer, selon leur témoignage, d’un accompagnement suffisamment adapté à leurs besoins.
Des paiements qui accusent plusieurs mois de retard
Selon Wildlin ETIENNE, l’État prévoit une allocation d’environ 10 000 gourdes par mois pour les résidents en pharmacie. Toutefois, il estime que ce montant reste insuffisant au regard du coût de la vie et des dépenses auxquelles sont confrontés les jeunes professionnels, notamment lorsqu’ils sont affectés dans des régions éloignées.
Le principal problème demeure cependant la régularité des paiements. D’après son témoignage, plusieurs mois peuvent s’écouler avant que les résidents ne perçoivent les sommes qui leur seraient dues. Dans certains cas évoqués, les retards pourraient atteindre huit mois, voire une année entière.
À cela s’ajoute le mode de versement des sommes dues. Les montants seraient généralement payés en deux tranches, ce qui, selon les résidents, ne leur permet pas de disposer de ressources régulières pour couvrir leurs dépenses quotidiennes.
Des conditions de résidence difficiles
La situation serait encore plus difficile pour les résidents affectés loin de leur lieu d’origine. Certains doivent trouver eux-mêmes un logement, financer leurs repas et prendre en charge leurs déplacements, tout en poursuivant une formation exigeante et en participant aux activités des établissements de santé.
Ces contraintes soulèvent également la question des conditions dans lesquelles ces jeunes professionnels exercent leurs responsabilités. Selon les informations communiquées dans leur cri d’alarme, les résidents consacrent environ 48 heures par semaine à la prise en charge des patients.
Par ailleurs, le coût de la vie, les problèmes de sécurité et l’éloignement géographique viennent accentuer les difficultés auxquelles ils sont confrontés.
Les résidents se disent « oubliés » du système
Les résidents en pharmacie expriment également un sentiment d’inégalité par rapport aux autres filières de résidence. À l’approche de la fin de l’exercice fiscal, ils affirment ne toujours pas avoir reçu de paiement au titre de leurs frais.
Pour ces jeunes professionnels, il ne s’agit pas de réclamer un traitement de faveur. Ils demandent plutôt une prise en compte équitable de leur situation ainsi que le respect des engagements financiers de l’État.
Leur rôle dans les établissements hospitaliers est, par ailleurs, loin d’être négligeable. Les résidents en pharmacie participent notamment à la dispensation sécurisée des médicaments, à la gestion pharmaceutique, à la prévention des erreurs médicamenteuses et à l’éducation des patients.
« Servir son pays ne devrait pas signifier vivre dans la précarité »
Au-delà de la question financière, la situation soulève une interrogation plus large sur les conditions de travail des jeunes professionnels de santé en Haïti.
Pour les résidents concernés, accepter une affectation loin de sa famille et travailler dans des conditions difficiles ne devrait pas conduire à une situation de précarité. Certains peuvent notamment être contraints de chercher eux-mêmes un logement alors qu’ils sont affectés dans le cadre d’une mission de service public.
Ils estiment ainsi que l’engagement patriotique ne peut se substituer aux obligations institutionnelles de l’État envers les professionnels qui contribuent quotidiennement au fonctionnement du système de santé.
Un appel au MSPP et au ministère de l’Économie et des Finances
Face à ces difficultés, les résidents demandent l’intervention des autorités compétentes. Le Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) est notamment appelé à améliorer les conditions dans lesquelles les résidents accomplissent leur mission.
Ils sollicitent également l’intervention du Ministère de l’Économie et des Finances, afin que les engagements financiers de l’État soient honorés dans des délais raisonnables.
Par ailleurs, les résidents souhaitent une révision du mécanisme d’accompagnement prévu dans le cadre du service social. Ils demandent notamment une meilleure prise en compte des questions liées au logement, au transport, à l’alimentation, à la sécurité et à la régularité des paiements.
Les résidents demandent des réponses concrètes
À l’approche de la clôture de l’exercice fiscal, le mécontentement grandit parmi les résidents en pharmacie. Leur principale revendication concerne le paiement des sommes qu’ils estiment leur être dues. Ils demandent également une amélioration durable de leurs conditions de résidence.
Pour Wildlin ETIENNE et les résidents qui partagent cette préoccupation, l’enjeu dépasse donc le simple versement d’une allocation mensuelle. Il s’agit aussi de garantir des conditions minimales permettant à ces jeunes professionnels de poursuivre leur mission auprès des patients sans être confrontés à une précarité financière excessive.
Alors que le système de santé haïtien fait face à de nombreux défis, les résidents estiment que les professionnels qui participent à la prise en charge des patients ne devraient pas rester plusieurs mois sans ressources.
Leur appel s’adresse désormais aux autorités concernées. Ils leur demandent des réponses concrètes et rapides sur les paiements en souffrance ainsi que sur l’amélioration du dispositif d’accompagnement des résidents en pharmacie.
Jean Gilles Désinord
Vant Bèf Info (VBI)
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