Haïti- sécurité : Les unités spécialisées de la police sont elles moins spécialisées que les Gangs ?

Port-au-Prince, le 11 septembre 2026. — UDMO, SWAT, CIMO, UTAG, BOID, BRI, BLVV, BLTS. Ces unités pèsent lourd dans le vocable de la Police nationale d’Haïti (PNH). Ce sont des corps spécialisés, avec des policiers formés et déployés pour répondre à des situations spécifiques, généralement dangereuses. D’où leurs distinction de près et de loin d’avec leurs collègues policiers administratifs (Crème et bleu).

L’UDMO intervient notamment dans le maintien et le rétablissement de l’ordre. Le corps d’intervention et de maintien d’ordre (CIMO), est également mobilisé dans les situations de troubles de l’ordre public. Le SWAT, unité d’élite, intervient dans les situations à haut risque. L’UTAG, l’Unité Anti-gangs ( UTAG), est engagée dans la lutte contre les gangs armés. La Brigade d’opération et d’intervention départementale (BOID)participe à de multiples opérations d’intervention sans oublier la Brigade de recherche et d’investigation BRI,notamment sollicitée dans les dossiers d’enlèvement et de criminalité organisée.

Parallèlement, la PNH dispose aussi de la Brigade de lutte contre le vol de véhicule (BLVV), spécialisée dans la lutte contre les vols de véhicules, et de la Brigade de lutte contre le trafic de stupéfiants (BLTS), qui travaille contre le trafic de stupéfiants. À cette liste s’ajoute la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), chargée des enquêtes et du renseignement criminel.

Sur papier, la police dispose d’assez d’unités capables de répondre à des menaces de différents ordres. Alors que les Gangs continuent de poursuivre leurs conquêtes, ou d’occuper de nouveaux territoires dans plusieurs régions du pays.

Armés, jusqu’au dent , les groupes armés disposent de membres, de ressources techniques, de suffisamment d’information et d’une bonne reconnaissance des quartiers qu’ils contrôlent. Ils attaquent avec facilité, des commissariats, coupent des routes, kidnappent, imposent des barrages et peuvent revenir dans certaines zones après le départ des forces de l’ordre.

Ce constat contraste avec les ressources exigées et mises à la disposition de la police. Pour l’exercice 2025-2026, 46,3 milliards de gourdes sont alloués à la PNH. Ces fonds sont censés couvrir les salaires, le fonctionnement, les équipements, la formation et les opérations de l’institution. Malgré tout la disposition d’autant d’unités spécialisées ne rime toujours à rien, raison : nombreux de ces unités sont affectés à la sécurité personnelle de nombreux VIP et de simples particuliers.

Bien qu’on reconnaît que la protection des autorités fait partie des missions de la police. Mais lorsqu’un policier ayant reçu une formation spécialisée est mobilisé pendant plusieurs plusieurs mois, voire des années pour assurer la sécurité rapprochée d’une personnalité, il n’est pas disponible au même moment pour une opération contre un groupe armé, sans compter le fait que le policier en question peut se retrouver face à un manque de rythme, ou une incapacité à pouvoir s’adapter sur le terrain, en cas de situation hostile, ou de n’importe quelle opération, faute de participation dans des activités liées à son fonctionnement de manière régulière.

D’où l’obligation pour les autorités de prioriser, soit un dispositif imposant de sécurité aux cortèges des dignitaires, ou de déployer ces policiers spécialisés pour le terrain, afin de combattre les groupes armés.

Dans une situation sécuritaire aussi tendue, ces affectations de trop, des effectifs méritent d’être regardée de près. La population fait face aux enlèvements, aux attaques armées et aux déplacements forcés, alors que les policiers spécialisés sont sollicités pour des détachements.

Le problème apparaît encore plus clairement lorsque plusieurs zones sont attaquées simultanément. La PNH doit alors réaffecter ses hommes, renforcer certains secteurs et laisser d’autres zones avec une présence policière réduite. Les groupes armés profitent de ces failles pour progresser ou reprendre des positions.

Les unités spécialisées réussissent souvent à chasser les bandits lors des interventions sans faire de consolidation, c’est-à- dire sans parvenir à maintenir durablement le contrôle du secteur. Ce qui permet au gangs de refaire surface.

Le renseignement joue également un rôle important. Face à des groupes organisés, il ne suffit pas de connaître leur position. Il faut aussi identifier leurs responsables, leurs réseaux, leurs moyens financiers, leurs armes, leurs sources d’alimentation en munitions et leurs mouvements. Sans ce travail, certaines opérations risquent de rester superficielles sans toucher durablement les structures criminelles.

La somme de 46,3 milliards de gourdes prend toute son importance dans ce débat. La population attend de ces ressources des résultats concrets. Elle veut pouvoir circuler sur les routes, retourner et revivre la sérénité dans les quartiers sous l’emprise des gangs, accéder aux services publics et voir les forces de l’ordre rester dans les zones reprises aux groupes armés.

À l’approche des élections annoncées pour décembre 2026 et février 2027, la pression pèse déjà sur le forces de l’ordre, elle sera d’autant plus lourde dès 2027, car les unités spécialisées seront appelées à redoubler d’effort pour sécuriser des zones sensibles, des institutions, des déplacements et différentes étapes du processus électoral.

Moïse François
Vant Bèf Info (VBI)


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