Merci, les Grenadiers

Par Wandy CHARLES

Il est des défaites qui en disent davantage sur un peuple que bien des victoires. Celle d’Haïti dans cette Coupe du monde appartient à cette catégorie.

Le bilan comptable est sans appel : trois matchs, trois défaites. Pourtant, réduire le parcours des Grenadiers à cette seule statistique serait passer à côté de l’essentiel.

Notre premier rendez-vous s’est achevé sur le plus petit des écarts, dans une rencontre marquée par des décisions arbitrales qui continueront d’alimenter les discussions. Face au Brésil, monument du football mondial, nous avons été battus 3 buts à 0. Et ce soir, contre le Maroc, demi-finaliste de la dernière Coupe du monde, nous avons livré notre match le plus accompli. Défaits 4 buts à 2, nous avons pourtant trouvé le chemin des filets à deux reprises et mené au score deux fois. Pendant de longues minutes, Haïti a bousculé une équipe que beaucoup annonçaient largement supérieure.

Nous quittons donc la compétition sans point, mais certainement pas sans honneur.

Car le football ne raconte pas seulement des résultats. Il raconte aussi le courage, l’audace et la capacité d’un groupe à dépasser les attentes. À aucun moment, les Grenadiers n’ont donné le sentiment d’être de simples figurants. Ils ont joué avec leurs moyens, avec leurs qualités, avec leurs limites aussi, mais toujours avec cette volonté de défendre un maillot qui dépasse largement le cadre du sport.

Les supporters l’ont parfaitement compris. Au coup de sifflet final, je n’ai pas vu un peuple accablé. J’ai vu un peuple reconnaissant. Les applaudissements avaient remplacé les reproches. Les sourires, malgré la défaite, traduisaient une même conviction : cette équipe a honoré le pays.

En quittant le stade, j’ai parcouru les rues. Les haut-parleurs diffusaient en boucle La Dessalinienne. Ici et là, des petits groupes continuaient de refaire le match. On commentait la frappe d’Isidor, le coup franc de Duckens Nazon, la prestation pleine de caractère d’Expérience, les arrêts décisifs de Johny Placide. Personne ne parlait de naufrage. Chacun évoquait, à sa manière, une équipe qui avait refusé de renoncer.

C’est peut-être cela, la plus belle victoire de cette Coupe du monde. Pendant quelques jours, les Grenadiers ont offert à tout un peuple une parenthèse de fierté, un motif de rassemblement, une raison de croire encore. Dans un pays trop souvent meurtri, ils ont rappelé qu’il existe encore des moments capables d’unir les Haïtiens autour d’un même drapeau.

Cette expérience laissera des cicatrices, mais surtout des enseignements. Les joueurs reviendront plus aguerris, plus expérimentés et, sans doute, plus ambitieux. Les grandes équipes se construisent rarement dans le confort des succès immédiats. Elles grandissent dans les épreuves.

Merci, les Grenadiers. Merci d’avoir porté nos couleurs avec dignité. Merci d’avoir rappelé au monde, et à nous-mêmes, qu’Haïti ne se mesure pas uniquement à ses victoires, mais aussi à la manière dont elle se relève après chaque combat.

Vant Bef Info(VBI)


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