En Haïti, l’insécurité tue aussi l’économie

Par Wandy CHARLES

En Haïti, l’économie ne s’effondre plus seulement sous le poids de l’inflation, de la faiblesse de la production nationale ou des difficultés structurelles accumulées depuis des décennies. Désormais, elle recule aussi au rythme des rafales d’armes automatiques, des routes bloquées, des quartiers assiégés et de la peur généralisée.

Le bruit des marchés, des ateliers, des camions de marchandises et des activités commerciales laisse progressivement place à celui des fusils. Dans plusieurs zones du pays, notamment dans l’Artibonite et dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, la violence armée impose aujourd’hui son propre calendrier à l’activité économique.

Les commerçants ferment plus tôt. Les transporteurs modifient leurs itinéraires. Les entreprises réduisent leurs déplacements. Certaines activités cessent totalement dans des quartiers devenus pratiquement inaccessibles. Même les simples opérations de livraison deviennent parfois des missions à haut risque. Dans ce climat, produire coûte plus cher. Transporter devient dangereux. Investir relève presque de la bravoure et de la témérité.

L’économie haïtienne avance désormais avec une arme braquée sur la tempe. Depuis plusieurs mois, les médias locaux rapportent régulièrement des attaques armées, des affrontements violents et des déplacements massifs de population. À cela s’ajoute l’expansion continue des groupes armés qui contrôlent ou perturbent plusieurs axes stratégiques reliant les centres commerciaux, les ports, les quartiers résidentiels et certaines zones de production.

Cette réalité fragilise lourdement les échanges économiques. Dans un pays où les routes deviennent impraticables à certaines heures, où des conteneurs restent bloqués, où des entrepreneurs hésitent à circuler et où des employés ne savent pas toujours s’ils pourront rentrer chez eux en sécurité, l’économie finit inévitablement par ralentir. Dans plusieurs régions, le transport des marchandises et même des personnes s’effectue désormais par voie maritime, souvent dans des conditions précaires et périlleuses, tant les axes routiers sont devenus dangereux sous la menace des groupes armés.

Le secteur privé, déjà confronté à l’instabilité politique, à la dépréciation de la gourde et à la faiblesse des infrastructures publiques, doit désormais intégrer le coût permanent de l’insécurité dans son fonctionnement quotidien.

Car la violence possède aussi son prix économique. Un prix visible dans la hausse des coûts du transport. Dans l’augmentation des prix des produits de base. Dans les pertes enregistrées par les commerçants contraints de fermer. Dans les investissements reportés ou abandonnés. Dans les emplois supprimés discrètement. Dans les petites entreprises qui disparaissent sans faire de bruit.

Mais le coût le plus inquiétant reste peut-être celui de la confiance. Un investisseur n’investit pas durablement dans un territoire où les règles changent sous la pression des armes. Une entreprise ne peut pas planifier sa croissance dans un environnement où les activités peuvent être paralysées du jour au lendemain. Et aucun pays ne peut espérer une relance économique sérieuse lorsque l’insécurité contrôle une partie des routes, des quartiers et parfois même des horaires de travail.

Pendant ce temps, des milliers de citoyens tentent malgré tout de continuer à vivre. Des marchandes traversent encore les rues. Des chauffeurs prennent toujours les routes. Des petits commerçants ouvrent chaque matin avec l’espoir de vendre suffisamment pour nourrir leur famille. Une partie de l’économie haïtienne survit aujourd’hui grâce à cette résilience silencieuse. Mais la résilience, à elle seule, ne peut remplacer une politique économique stable ni une stratégie sécuritaire efficace.

Aucune économie ne prospère durablement dans le vacarme des armes. Car lorsque la peur domine l’espace public, elle finit aussi par étouffer l’investissement, ralentir la production et fragiliser l’espoir collectif. Et dans ce pays où l’urgence sécuritaire absorbe désormais presque tout, l’économie continue lentement de reculer… dans le bruit des balles.

Vant Bèf Info (VBI)


Discover more from Vant Bèf Info (VBI)

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *