Cayes : Me Eudras Delva dénonce « l’entrepreneuriat politique » en Haïti
La question de la prolifération des partis politiques en Haïti continue, en effet, de susciter des réactions. Dans une interview accordée à la rédaction de Vant Bèf Info, à la suite d’une publication sur son compte X, l’avocat et militant des droits humains a critiqué le fonctionnement de la classe politique haïtienne, qu’il accuse notamment de transformer la politique en une véritable entreprise lucrative au détriment de l’État.

Les Cayes, le 9 mai 2026 — Selon Me Delva, l’explosion du nombre de partis politiques enregistrés dans le pays constitue, par ailleurs, une anomalie qui fragilise davantage la démocratie haïtienne. Il estime, en outre, qu’il est devenu trop facile pour certains acteurs de se réveiller un bon matin et de légaliser une structure politique sans véritable base idéologique ni projet de société cohérent.
L’homme de loi considère également cette pratique comme une stratégie utilisée par des politiciens traditionnels pour « rançonner l’État haïtien » à travers le financement public, les négociations politiques et les avantages liés aux processus électoraux.
Dans son analyse, Me Delva développe ainsi deux concepts qu’il qualifie de centraux dans la réalité politique actuelle : « l’entrepreneuriat politique » et « les ouvriers politiques ». Selon lui, plusieurs dirigeants investissent désormais dans la politique comme dans une activité commerciale visant des profits économiques et des privilèges personnels.
Pour atteindre leurs objectifs, ils s’appuient, selon ses propos, sur des groupes de militants issus des couches défavorisées de la population, utilisés comme instruments de mobilisation et de pression politique. « Ces militants deviennent des ouvriers politiques chargés de faire le travail de terrain pendant que les dirigeants récoltent les bénéfices du système », a-t-il dénoncé.
Me Delva appelle ainsi l’État haïtien à prendre des mesures fermes afin de mettre fin à cette dérive qu’il juge dangereuse pour l’avenir du pays. Il plaide notamment en faveur de l’établissement de balises plus strictes dans la reconnaissance des partis politiques, allant même jusqu’à proposer la suppression des formations qu’il considère comme impopulaires ou non conformes aux normes légales et démocratiques.
Cette sortie intervient, de plus, dans un contexte où près de 200 partis politiques sont déjà enregistrés dans le cadre du processus électoral en cours en Haïti. Une situation qui, selon plusieurs observateurs, reflète l’ampleur de la fragmentation du paysage politique national.
Pour Me Delva, cette multiplication incontrôlée des partis traduit surtout l’existence d’un système où la politique est devenue une source d’emplois et d’intérêts personnels, dans un pays pourtant confronté à une profonde crise économique, institutionnelle et sociale.
Face à cette réalité, l’avocat estime enfin qu’une réforme sérieuse du système politique devient indispensable afin de restaurer la crédibilité des institutions et de redonner un véritable sens à l’engagement politique en Haïti.
Judelor Louis Charles
Vant Bèf Info(VBI)
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