De la patrouille au slam : Keseul Belizaire, un policier haïtien entre terrain, recherche et poésie
Dans un contexte marqué par l’insécurité et les critiques visant les forces de l’ordre, certains policiers haïtiens cherchent à jouer un rôle plus large dans la société. Policier, slameur et chercheur, Keseul Belizaire incarne cette nouvelle génération d’agents engagés à la fois sur le terrain et dans le débat intellectuel.

À près de quarante ans, Keseul Belizaire appartient à la 25ᵉ promotion de la Police nationale d’Haïti (PNH). Pourtant, son parcours dépasse le cadre traditionnel du métier de policier.
En effet, il combine trois engagements : la sécurité publique, la recherche universitaire et la création artistique. Dans une interview accordée à Vant Bèf Info (VBI), il explique que ces domaines ne s’opposent pas.
Au contraire, ils se complètent.
« On peut porter l’uniforme pour protéger l’ordre public tout en utilisant les mots pour éveiller les consciences », affirme-t-il.
Une réalité sécuritaire complexe
Actuellement, Keseul Belizaire est affecté à l’Unité départementale de maintien de l’ordre (UDMO). Sur le terrain, les défis restent nombreux.
D’une part, la violence armée continue d’augmenter dans plusieurs zones du pays. D’autre part, l’influence des gangs complique souvent les interventions policières.
Dans ce contexte, l’image de la police se trouve parfois fragilisée par des accusations de collusion avec certains groupes armés. Toutefois, Belizaire insiste sur l’engagement de nombreux policiers.
Selon lui, beaucoup d’agents restent profondément attachés à leur mission première : protéger la population.
Des bases solides dans l’éducation
Avant d’intégrer la police, Keseul Belizaire s’est distingué par un parcours scolaire sérieux.
Il réalise ses études secondaires au Lycée national de Carrefour-Feuilles, de la classe de troisième jusqu’à la philosophie. Durant ces années, il développe un intérêt marqué pour les débats d’idées et les questions sociales.
Par la suite, il poursuit ses études à l’Université Notre-Dame d’Haïti (UNDH). Il étudie au sein de la Faculté des sciences économiques, sociales et politiques.
Il y obtient une licence en sciences politiques et relations internationales. Cette formation lui permet de mieux comprendre les dynamiques politiques et sociales du pays.
Aujourd’hui, il poursuit sa formation académique. En effet, il entame un master en sciences du développement afin de relier la recherche universitaire aux défis auxquels fait face Haïti.
La poésie comme moyen d’expression
En parallèle de sa carrière policière, Keseul Belizaire s’illustre également dans le slam.
Sur scène, il transforme ses réflexions en poésie engagée. Ses textes abordent souvent l’espoir, les injustices sociales et les luttes quotidiennes du peuple haïtien.
Parmi ses créations les plus marquantes figurent :
« Belle Soleil », une ode à la résilience ;
« Regardez », un appel à la société pour affronter ses contradictions ;
« Pouki », une interrogation sur les crises qui traversent la société haïtienne.
Ainsi, la poésie devient pour lui un moyen d’interpeller la société et d’encourager la réflexion collective.
Une autre image de la police
L’association entre uniforme et poésie peut surprendre. Pourtant, pour Keseul Belizaire, cet équilibre reste naturel.
Selon lui, la police protège les citoyens sur le plan physique. La poésie, en revanche, agit sur le plan social et intellectuel.
« Servir la société ne se limite pas à l’action sur le terrain. Il faut aussi réfléchir et dialoguer avec la communauté », explique-t-il.
À travers son parcours, il propose une autre image de la police haïtienne. Discipline, réflexion et créativité peuvent coexister au sein de la même institution.
Dans un pays confronté à de multiples crises, son engagement rappelle qu’il existe encore des agents déterminés à faire la différence.
Mederson Alcindor
Vant Bèf Info (VBI)
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